Kevin Firmin : « C'est à Caen que tout a commencé »

03 janvier 2016 Ecrit par 

A 23 ans, Kevin Firmin est un des talonneurs les plus talentueux de sa génération. Le joueur de l'US Dax a été international chez les jeunes et a passé quatre années de sa formation au Stade Toulousain. Aujourd'hui pensionnaire de Pro D2, animé de l'espoir de retrouver le Top 14 pour y prendre une petite revanche sur le sort, Kevin Firmin est le parrain des jeunes joueurs du Stade Caennais engagés dans le dispositif Cesars. C'est à Caen qu'il a débuté le rugby.

 

De nombreux clubs caennais bénéficient de l'association Cesars, permettant de concilier au mieux entraînements et scolarité. Des horaires aménagés et des heures de soutien permettent d'augmenter en parallèle les heures d'entraînement. Le Stade Caennais a onze jeunes bénéficiant de ce processus. Un est en seconde, six en première, trois en terminale et un à l'université. Ces cadets et juniors ont trois séances par semaine. « Les quatre juniors deuxième année en Cesars l'année dernière ont eu leur bac et font en même temps parmi des meilleurs bas-normands qui ont gagné le tournoi de l'amicale des six nations (ouvert seulement aux clubs amateurs) », précise leur entraîneur Corentin Marie, ailier en Fédérale 3. Le parrain de la précédente promotion était Nicolas Djebaïli (300 matchs en pro).

 

scrc cesars 2015

 

Racontez-nous vos débuts ici. Vous êtes caennais d'origine ?

Ou, j'ai débuté le rugby à Caen en sixième, donc vers l'âge de douze ans. J'ai commencé avec Pilou (Carrillo, l'actuel co-entraîneur de l'équipe première, ndlr). Je suis ensuite allé à Tours au Pôle Espoirs, à seize ans. À dix-huit ans, je suis parti à Toulouse pour quatre ans. J'ai fait la Section Paloise pendant un an ensuite. Là, j'ai signé mon premier contrat pro de deux ans à l'US Dax. On va voir comment ça se passera.

 

Vous n'avez pas commencé si tôt que ça...

Non, non, j'ai même commencé assez tard, parce que j'ai fait dix ans de foot. Le rugby, ce n'était pas trop mon truc. C'est quelqu'un de ma famille qui m'a orienté vers ce sport, parce que j'avais plus un physique pour jouer au rugby qu'au foot. J'ai fait deux-trois entraînements, ça a pris tout de suite. Après, je ne me suis pas pris la tête. Je ne me suis pas dit que j'allais en faire mon métier. Il y a eu une part de chance dans mon parcours. J'ai eu la chance de devenir professionnel, mais ce n'était pas une fin en soi. Je suis heureux de vivre de ma passion, et très content de venir du "nord". Ca montre qu'on peut devenir professionnel sans avoir eu une grosse structure autour de soi. Les jeunes qui sont au Cesars vont pouvoir profiter de cette association pour monter et s'aguerrir. Moi j'ai réussi, il n'y a pas de raison qu'eux ne réussissent pas non plus.

 

Vous semblez avoir suivi une progression pluôt linéaire.

Comme je le disais plus haut, j'ai eu une part de chance là-dedans. J'ai eu la chance de passer par le Stade Toulousain. C'est quelque chose dont je me souviendrai. En commençant ici, si on m'avait dit que je serais à Toulouse cinq-six ans plus tard, je n'y aurais jamais cru. Mon autre chance est de ne pas avoir eu beaucoup de pépins physiques. Ça m'a permis de beaucoup jouer.

 

La marche était trop haute pour passer pro à Toulouse ?

Ça se passait bien à Toulouse, même si l'arrivée de Christopher Tolofua m'a freiné. J'ai joué sept-huit matchs amicaux avec les pros, puis un match officiel en Top 14. Malheureusement, je me suis fait les côtes quand je suis rentré et ça m'a un peu bloqué. C'est le jeu. Pour le coup, je n'ai pas eu de chance. Ça m'a fait ch... quand même, parce que j'ai fait quatre ans là-bas. Ils me faisaient confiance, et ça s'est terminé un peu mal, sur une blessure.

 

Vous auriez eu votre chance ?

Je ne dis pas forcément que j'aurais signé, mais je venais d'enchaîner cinq matchs. Je me fais les côtes au bout de dix minutes de jeu sur une mêlée. J'étais un peu dégoûté. J'en ai eu pour trois semaines – un mois. Je me suis juste cassé le cartilage. C'était douloureux par contre, j'ai encore mal maintenant. Mais ce n'était pas la première fois que je me faisais une blessure de ce type, et ça n'aura pas été la dernière fois.

 

La Pro D2, c'est une manière de prendre du temps de jeu et de l'expérience pour retrouver le Top 14 ?

La Pro D2, ce n'est pas pareil que le Top 14. Le jeu est très rude. Devant, c'est solide. Avec la Section, j'ai eu la chance de faire sept matchs de Pro D2. Mon but est de jouer en Top 14. Mais tant que je vis de ma passion, en Pro D2 ou en Top 14, je serai très content. Je vais me donner à fond pour jouer en Top 14, parce que c'est mon rêve, mais si je n'y arrive pas, la Pro D2 me va très bien.

 

Comment se passe la saison actuelle ?

Ça va. Les débuts ont été un peu difficiles, parce que j'ai eu quelques soucis avec la Section. Ils m'ont dit très tard qu'ils ne me gardaient pas. Après, j'ai eu des problèmes pour trouver un club. Ça s'est mal goupillé. Je suis parti dans un club de Fédérale 1, à la Seine/Mer, parce que je n'avais plus aucune solution. Au bout de deux semaines, j'ai cassé mon contrat, je suis parti à l'US Dax. Je n'ai pas eu de vacances cet été. J'ai la chance d'avoir signé à Dax, qui a lui-même eu la chance d'être maintenu en Pro D2 avec le cas de Lille. C'est une deuxième chance. Le début a été un peu compliqué, mais ça va mieux. J'ai fait quelques matchs – six – et j'espère maintenant jouer un peu plus.

 

Vous insistiez tout à l'heure sur votre côté "représentant du rugby du nord". En avez-vous croisé beaucoup d'autres à Toulouse ou Dax ?

À Dax, il y a un joueur qui vient du Havre, Guillaume Devade. Je me fais quand même beaucoup chambrer au sujet de mes origines. Pour eux, en Normandie on n'a quasiment pas l'eau ni l'électricité, pas de magasin, on vit comme des Cro-Magnons ! Après, il y a des joueurs qui viennent de tous les horizons, même si on n'est quand même pas nombreux à être originaires du "nord".

 

De ce fait, avez-vous le sentiment de représenter un peu plus que votre personne quand vous jouez ?

Ça fait toujours plaisir, parce que le rugby n'est pas le sport phare de la région. Ça fait plaisir de montrer qu'en Normandie il y a aussi du rugby, qu'on peut réussir en venant de n'importe quelle région, mais je ne suis pas pas animé plus que ça de cet état d'esprit.

 

Continuez-vous de suivre les bons résultats du club en Fédérale 3 ?

Oui, je regarde un peu. Ils restent sur cinq victoires (et une défaite, ndlr), c'est bien pour eux. Ça fait un petit bout de temps que je n'avais pas suivi, mais je regarde régulièrement sur le site, et je reste en contact avec mes anciens entraîneurs. Quand je remonte dans le nord, je vais manger avec eux. C'est toujours un plaisir de revenir ici. C'est là que tout a commencé.

 

C'est pour cela que vous avez accepté de parrainer la nouvelle promotion du Cesars version Stade Caennais ?

Oui. Quand ils m'ont parlé de ça, j'ai accepté de suite. Ça fait toujours plaisir de donner du temps pour les autres, de parler aux jeunes, de partager ce que j'ai vécu ici et ce que je vis en ce moment. Je leur dis de se donner à fond, parce que ça vaut vraiment le coup. Et s'ils n'y arrivent pas, c'est pas grave. Je n'ai jamais dit que je voulais être professionnel à tout prix. J'ai réussi et j'en suis très content. Je sais qu'ils ne vont pas tous réussir, mais s'il pouvait y avoir un petit pourcentage qui réussissait, ça serait très bien. Qu'ils profitent des entraîneurs qui les entourent et les poussent un peu au cul (sourire).

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