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Antoine Giraud : « Je ne suis jamais aussi heureux qu'avant un match »

28 novembre 2015 Ecrit par 
Photo www.photonatcaen.fr Photo www.photonatcaen.fr

Le Stade Caennais a réalisé une seule contre-performance cette saison, c'était contre Vitry et il avait laissé filer des points à sa portée. Hasard ou pas, c'est le seul match auquel Antoine Giraud n'a pas pris part cette saison. L'ailier caennais de 19 ans est l'homme fort du promu, grand acteur des trois succès que son équipe vient d'obtenir. Contre Évreux et Dunkerque, il a même inscrit la totalité des points caennais, soit 29 et 22. Le buteur de l'équipe, auteur d'un 12/15 au pied lors de ses deux dernières sorties, a mis ses révisions en pause pour nous accorder un long entretien.

 

Antoine, après trois défaites pour commencer, une belle dynamique s'est enclenchée...

Sur les trois premiers matchs, on est tombé contre les deux équipes actuellement en tête du classement. Cependant, on ne doit pas perdre autant contre Plaisir (11-57). On fait un non-match, on n'était pas du tout dedans. Après trois défaites, on a aussi récupéré des joueurs. On a un banc qui nous permet de faire rentrer des joueurs très performants, comme Titouan Osouf ou Anthony Dézélée. Je pense qu'on a progressé là-dessus, et sur le système de jeu qu'on a mis en place. Sur les trois premiers matchs, on n'avait pas vraiment de système de jeu. C'était un peu compliqué (sourire). Là, on s'est donné des choses à respecter dans chaque zone du terrain : sortir de notre camp d'abord, aller chez eux, et les mettre sous pression à ce moment-là.

 

Finalement, l'adaptation a été relativement rapide quand même ?

On commence quand même par trois défaites (sourire). On a fait une grosse prépa physique cet été, ça permet de faire du physique moins souvent maintenant, et de travailler davantage sur notre jeu. On a une conquête plus solide cette année. Derrière, on a déjà montré l'année dernière qu'on savait jouer au ballon. C'est surtout sur le physique qu'on avait un peu plus de mal au début.

 

Le match qui arrive dimanche contre Armentières doit-il vous permettre de réaliser un pas important vers le maintien ?

Oui. Contre Armentières, qui est clairement un adversaire direct dans l'optique du maintien, il faut gagner. On a un meilleur ratio de victoires à l'extérieur que chez nous, ce n'est pas normal. Il faut qu'on arrive à gagner chez nous. Si on gagne, on aura seize points. Au regard de ce qu'on fait la saison dernière les deux équipes qui sont descendues, seize points, c'est un grand pas vers le maintien. L'objectif est d'arrêter de faire le yo-yo, de monter et de descendre, parce que ce n'est pas simple, ni pour attirer des joueurs, ni pour inscrire dans la continuité les choses qu'on met en place. Ce n'est pas fini, mais on a fait une bonne partie du chemin. Il nous reste trois matchs avant la trêve, il faut au moins gagner contre Armentières et Rueil à domicile.

 

Le Stade Caennais est-il en train de retrouver un nouvel élan, celui qu'il espérait lancer après la fusion ?

Beaucoup de joueurs sont partis depuis la fusion. Ceux qui se retrouvent dans l'équipe sont pour beaucoup issus de la génération 92-93. Certains venaient de Caen Sud, mais personnellement j'ai toujours joué avec les joueurs qui sont là. J'ai commencé à six ans au CRC. J'avais onze ans lors de la fusion. Quand on est enfant, il n'y a pas encore de compétition, donc le rapport n'est pas le même. Aujourd'hui, on a aussi des joueurs qui n'ont pas été formés à Caen mais qui faisaient partie de l'équipe de Normandie. On a réussi à avoir un bon groupe de jeunes qui s'entendent très bien. Contre Évreux, la moyenne d'âge des titulaires avoisinait les 21 ans. C'est bien qu'on se stabilise cette année pour pouvoir travailler l'année prochaine.

 

« Je n'arrive pas à décrocher »

 

Si tu as commencé à six ans, le rugby constitue une bonne partie de ta vie !

Oui, c'est sûr. Je suis en première année de médecine. Normalement, on arrête tout pour se consacrer au concours, moi je n'arrive pas. Il y a quelques semaines, j'avais dit que c'était mon dernier match. Derrière, il y a eu celui contre Dunkerque, les coachs m'ont poussé à le jouer. J'ai bien joué donc ils m'ont dit "tu peux pas nous laisser tomber". J'ai joué contre Évreux, j'avais encore dit que c'était mon dernier match (sourire). J'organise mon programme de révisions en fonction des matchs. Je travaille toute la semaine et je me laisse mon dimanche après-midi. Je ne m'entraîne pas beaucoup. Heureusement que j'ai fait une très bonne prépa physique en août. Je m'entraîne une fois par semaine au maximum. J'avais un peu peur à la blessure, mais ça se passe bien en fait.

 

Il paraît qu'on joue comme on s'entraîne. Heureusement que ce n'est pas ton cas !

Oui, heureusement que je ne joue pas comme je m'entraîne ! Ça se passe bien pour moi parce que toute l'équipe tourne bien. Je préfère jouer arrière, mais on m'a mis ailier et ça marche très bien. On arrive à avoir de la conquête devant et on a de bons ballons derrière. Les avants font un super travail depuis trois matchs. On récupère des très bons ballons. Après, moi, je suis là au bon moment. Mon poste fait que je suis un finisseur, et je prends en plus les points au pied.

 

Comment es-tu devenu buteur ?

Je l'ai toujours été, y compris chez les jeunes. Ma mère dit que c'est grâce à elle parce qu'elle m'entraînait à jouer au foot quand j'étais petit (sourire). Je savais tirer dans un ballon avant de savoir marcher. J'ai toujours touché à tous les sports. Il y avait un terrain de foot au bout de ma rue, et quand je rentrais de l'école, j'allais jouer au foot. Je fais du tennis avec mes frères, j'ai fait un peu de judo aussi... Je suis un hyper-actif du sport. Avec le lycée Jeanne d'Arc, j'ai participé au championnat de France de foot. Je sais que je m'en sors bien avec mon pied, et ce n'est pas forcément donné à tout le monde dans le rugby. Généralement, ce sont d'anciens footballeurs qui sont forts, mais ça se travaille. J'ai un peu plus travaillé mon jeu au pied quand Pierrick Gaillard, notre numéro 10, s'est blessé. C'est du travail qui paye, c'est cool.

 

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As-tu un rituel avant de taper ?

Chaque buteur a ses petits trucs. Je ne m'inspire pas de ce que font les meilleurs, il faut que ce soit personnel. Moi, je regarde la base du ballon et je m'imagine un point entre les poteaux à l'endroit où je veux taper. Je regarde la base du ballon et ce point trois fois en alternance. Je croise les pieds juste avant d'aller frapper, je fais un pas sur le côté, et j'y vais. Ce qui est important, c'est d'être équilibré au moment où on tire. J'ouvre mes bras pour cela.

 

Comment se passent les entraînements spécifiques ?

Généralement, on s'entraîne avec Pierrick. Il me donne des conseils. On commence sur la ligne des poteaux en essayant de toucher le poteau, pour être le plus précis possible. Après, on se décale au fur et à mesure.

 

« Cette année, pas grand-monde nous attendait à ce niveau-là. »

 

Tu es issu d'une famille de rugbymen pour avoir commencé aussi tôt ?

Non, pas du tout. Je suis issu d'une famille de handballeurs. Mon oncle a été en équipe de France, mon père a joué à bon niveau sur Paris. Je suis le plus petit de la famille, ils font tous deux mètres (sourire). J'ai commencé quand un pote de mon frère est venu à la maison un après-midi. Il allait au rugby, j'ai dit que je voulais y aller aussi. Ma mère m'a laissé y aller. J'ai fait un entraînement et j'ai dit que je voulais y retourner. J'ai tout de suite accroché. C'est un peu le hasard qui m'a mené au rugby.

 

Pourquoi cet attachement ?

Je crois que je ne suis jamais aussi heureux qu'avant un match. C'est vraiment le truc qui me motive le plus. La première année de médecine, c'est vraiment chiant, il n'y a pas d'autre mot. Rien que de penser que j'ai match le dimanche, ça me remotive. On parle souvent de l'esprit d'équipe dans ce sport, mais c'est vraiment le cas. Je me suis fait de très bons potes au lycée, mais ceux dont le suis le plus proche viennent du rugby. Le sport y contribue de manière générale, mais je pense que c'est encore plus vrai dans le rugby.

 

On en parlait, il est difficile de concilier des études aussi exigeantes et une "carrière" de rugbyman...

Oui, je ne sais pas ce que ça va donner... L'année dernière, j'ai failli faire des tests à Saint-Nazaire et Grenoble, mais je me suis blessé juste avant. Ça m'a un peu dégoûté. Cette année, selon les résultats du concours, que j'aurai en janvier, il n'est pas exclu que je retente les tests. C'est une sélection qui permet d'entre dans le centre de formation de Saint-Nazaire (Fédérale 1) ou Grenoble (Top 14). Pourquoi pas aller toquer aux portes... Le rugby, c'est ce qui me plaît le plus, alors pourquoi pas essayer d'en faire. Mais tout dépendra des notes que j'aurai. Pour l'instant, c'est un peu flou. Par contre, je pense que c'est ma dernière année si je veux essayer d'aller quelque part, parce que la catégorie "espoirs" s'arrête à 21 ans. Ce qui m'aurait plu, c'est de partir au Pôle Espoir de Tours. Deux joueurs de Caen y sont. Je suis d'une très bonne génération. Quelques joueurs de mon année, contre qui j'ai joué, sont maintenant en Top 14.

 

Le niveau va en s'élevant dans la moitié nord de la France ?

Oui. Il y a déjà les clubs parisiens. Quand on jouait contre l'Île de France avec la Normandie, on voyait ce qu'était le rugby (sourire). C'est du costaud. Mais la sélection de Normandie m'a fait beaucoup progresser, de -15 à -18. En rugby à sept, on jouait aussi contre de très bons joueurs. L'un d'eux est titulaire dans le Top 14.

 

Tu as l'air particulièrement à l'aise en Fédérale 3. C'est un jeu qui te convient ?

Hum... C'est sur trois matchs seulement. Ça ne veut pas dire grand-chose. Je sais très bien que je peux faire un match pourri dimanche. On a tous très bien joué sur les trois derniers matchs, on était tous très motivés. L'année dernière, on a fait une très bonne saison aussi, on n'a pas lâché alors que ce n'était pas forcément facile tout le temps. C'était moins mis en valeur parce que c'était de l'Honneur. Et puis cette année, pas grand-monde nous attendait à ce niveau-là. Personnellement, je crois avoir fini deuxième marqueur avec 15 essais derrière Corentin et devant un autre ailier.

 

La Fédérale 3, c'est un autre engouement ?

On joue au stade Hélitas, contrairement à la saison dernière, il y a beaucoup plus de monde sur le côté et cela s'entend. On va aussi dans des grands stades. J'avais connu ça en junior, parce qu'on jouait au deuxième meilleur niveau et qu'on se déplaçait dans des gros clubs. Quand on passe du championnat juniors à l'Honneur, c'est très différent. En junior, j'étais à un haut niveau chez les jeunes. On allait jusqu'à Rennes, Orléans, Saint-Nazaire...

 

Pour conclure, votre aspiration désormais au Stade Caennais est de jouer une saison au chaud dans le milieu de tableau ?

Pourquoi pas aller chercher la quatrième place qualificative. On n'a rien à perdre et tout à gagner. On a fait un grand vers le maintien. Si on gagne dimanche, on pourra vraiment penser à la quatrième place. On n'est pas si loin que ça et on a vu qu'il n'y avait pas d'équipe imprenable. Ce sera plus dur contre Plaisir et Ris-Orangis chez eux, mais on est capables d'aller accrocher cette quatrième place. On peut être ambitieux. D'ici trois-quatre ans, je pense qu'on pourra monter en Fédérale 2. Promouvoir le rugby est un objectif du club, comme Rouen l'a fait autour de lui en montant en Fédérale 1.

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