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André Ménard passera du hockey à Wall Street

18 octobre 2017 Ecrit par 

André Ménard n’est pas seulement un hockeyeur professionnel. Le capitaine du Hockey Club de Caen, né aux États-Unis d’un père français et d’une mère grecque, mène des études poussées dans la finance. Un double cursus qui lui permet d’envisager sereinement sa reconversion, et de préserver un équilibre dans sa vie personnelle.

 

Quand vous parlez finance avec André Ménard, malgré tous ses efforts pour éviter de vous perdre trop vite, mieux vaut avoir quelques notions si vous ne voulez pas décrocher au bout de deux phrases. La seule évocation de son cursus universitaire nécessite de s’accrocher un minimum. Après avoir obtenu deux diplômes en finance et marketing à l’université du Delawar, André Ménard a étudié à la SKEMA Business School de Paris autour de la valorisation des entreprises et des fusions-acquisitions. « C’est l’aspect de la finance interne aux entreprises, pas lié à la bourse », explique-t-il. Le hockeyeur, qui évoluait alors à Courbevoie (« ce n’était pas le meilleur lieu sur le hockey, mais je pouvais construire des choses à Paris »), a validé son Master 2 à la faveur d’un stage de sept mois au sein d’une société de conseil en fusion-acquisition dans l’industrie pharmaceutique. « Mon rôle était de faire le relais entre vendeurs et acheteurs. »

 

Pas rassasié d’un bac +5, en parallèle de sa carrière de sportif professionnel, André Ménard s’est lancé dans d’autres projets. Il a d’abord passé avec succès le premier niveau du CFA (Chartered Financial Analyst), « le parcours le plus dur dans la finance », qui démontre une connaissance pointue du marché des finances. Cet été, André Ménard a échoué d’un rien dans sa tentative d’obtenir le deuxième des trois niveaux qui le composent. Il s’est ensuite attelé à la préparation d’un autre diplôme non-universitaire, le CAIA (Chartered Alternative Investment Analyst). « Je viens de passer le premier niveau. Normalement, je passerai le deuxième en mars. Cet examen est intéressant pour travailler dans des fonds d’investissement privés. »

 

Une seule année uniquement consacrée au hockey

 

Si André Ménard met tant de cœur à l’ouvrage, c’est qu’il sait le moment idoine pour cela. « Si je faisais ces examens en même temps que je travaillais, je n’aurais pas de vie. Le hockey me laisse beaucoup de temps. Et quand je n’ai fait que du hockey (à Courbevoie lors de mon arrivée en France), je me suis rendu compte qu’il me manquait quelque chose. J’avais 23 ans et je n’aimais pas ce feeling. Je sentais que je ne progressais pas. » Le Franco-Américano-Grec a aussi conscience qu’un CV riche compensera en partie son arrivée tardive sur le marché du travail. Le jeune homme de 28 ans n’est pourtant pas dénué d’expérience professionnelle dans son secteur d’activité. L’année dernière, il a ainsi travaillé à Wall Street dans l’immobilier commercial. « L’entreprise voulait s’implanter en Europe. Je l’ai aidée à se lancer à Londres. » Cette année, il a collaboré avec son père dans la jeune société lancée par celui-ci. « C’est une boîte de distribution et de marketing dans les médicaments génériques. On a cherché des investisseurs, projets et produits. »

 

 

Avec des parents travaillant dans le pharmaceutique, André Ménard connaît bien cet univers. Sa thèse a même porté sur les fusions-acquisitions des compagnies pharmaceutiques. « C’est possible que je travaille avec mon père dans le futur, mais il faut que cela puisse correspondre à ce que je veux faire. Je souhaite travailler dans un fonds d’investissement. Il y a toutefois peu de postes et peu d’embauches. » André Ménard cherchera en outre à rester en phase avec sa conscience. « J’ai du mal avec le fait que des gens se font beaucoup d’argent dans l’industrie pharmaceutique alors que d’autres peinent à payer leurs médicaments. »

 

« Pas l’impression d’aller travailler »

 

En attendant, l’attaquant continue de vivre de sa passion. « Tous les matins, je me lève sans avoir l’impression d’aller travailler. J’ai l’après-midi pour moi, je peux faire ce que je veux. Quand je travaillerai, ce sera dix heures par jour voire beaucoup plus. Je ne serai plus libre de faire ce que je voudrai, je ne pourrai plus voyager l’été comme je le fais actuellement… Aux États-Unis, tu n’as que deux semaines de vacances quand tu commences. Je me sentirai coincé. Je sais que le hockey se terminera bientôt, même si je n’ai pas de date, alors je profite. » Et tant pis si André Ménard laisse pour l’instant de côté un salaire qui sera huit fois plus élevé que celui qu’il touche à Caen. La qualité de vie dont il dispose l’emporte sur le reste.

 

 

Et s’il n’y avait eu que le hockey durant les six années passées en France ? « Je ne suis pas sûr que j’aurais été meilleur. Quand il y a trop de pression, tu ne progresses pas. L’aspect travail prend le pas sur le côté plaisir. » André Ménard s’est attaché à préserver un équilibre qui lui est cher. « Je n’ai pas toujours joué au plus haut niveau possible car je voulais tenir compte d’un ensemble. » Un bel exemple de sportif accompli.