Florian Dessertenne, un départ avec pertes et fracas

25 juillet 2017 Ecrit par 

Dans une période où l’actualité sportive est réduite à peau de chagrin, l’annonce a fait grand bruit. Florian Dessertenne s’est engagé pour deux ans en faveur de Gonfreville l’Orcher (N1) faute d’avoir trouvé un accord pour prolonger son contrat avec le Caen Handball. Le demi-centre s’en est expliqué dans une interview explosive à Ouest-France. Il maintient sa position.

 

Football excepté, puisque les dirigeants, coachs et joueurs ont l’habitude des déferlements de ce genre, le sport caennais n’avait pas connu pareille polémique depuis bien longtemps. Le départ de Florian Dessertenne et l’interview explosive que le très populaire joueur a ensuite accordé à Ouest-France ont secoué comme jamais le milieu du hand normand. Et bien au-delà. Malgré son refus de communiquer à ce sujet, le Caen Handball a été interpelé parfois vivement sur sa page Facebook par des supporters quasi-unanimes. Et sur le compte de son ex-capitaine, les dizaines de commentaires visant explicitement le club et le vice-président Thomas Lamora affluent. « Je ne pensais pas qu’il allait y avoir autant de réactions, assure Florian Dessertenne. Ce n’était pas fait pour ça à la base. Quand j’ai vu que mon départ suscitait des interrogations, j’ai voulu répondre à ceux qui se questionnaient. C’était plus simple de le faire par le biais d’un article. » Un article acide, où le demi-centre revient en détail sur l’échec de sa prolongation de contrat et ne cache pas son ressentiment face aux propositions formulées par le club. « Je suis un peu écœuré et dégoûté », dit-il.

 

« Ce qui a pu fonctionner en Nationale 1 a montré ses limites en Proligue » (Thomas Lamora)

 

Joueur phare du club depuis plusieurs saisons, chouchou du public par son investissement total, ses qualités humaines et ses performances sportives, Florian Dessertenne était une des figures du Caen Handball. Le fiasco Amir Cakic, présenté initialement comme le demi-centre titulaire avant de démontrer un niveau de jeu aux antipodes des attentes, avait conforté son statut de maître à jouer. Le basculement a eu lieu le 19 mai 2017, quand le meilleur buteur caennais de la saison (101 buts dont 55 sur penalty) est mal retombé après un tir. Cri de douleur, silence au Palais des Sports, genou en vrac. Le Parisien allait se faire opérer un mois et demi plus tard d’une rupture du ligament croisé. À cette époque, pourtant, sa resignature chez les Vikings ne faisait aucun doute ni pour lui ni pour ses dirigeants. Le club avait même demandé l’autorisation au rectorat de cumuler son emploi de professeur d’EPS stagiaire, puisqu’il venait d’obtenir son CAPEPS, avec celui de joueur professionnel. Dès janvier, les choses étaient claires et les deux parties avaient trouvé un terrain d’entente intégrant le double projet. « C’était un accord verbal. Je pensais, notamment au vu de ce que j’avais fait dans ce club, que ce n’était pas la peine de signer un avenant. J’aurais dû… »

 

dessertenne saint gratien 1617

 

Les négociations post-blessure ont été d’une autre teneur, Thomas Lamora proposant d’abord un poste d’entraîneur-adjoint à Florian Dessertenne, qui a les diplômes pour cela, et, devant son refus, le financement d’un préparateur physique jusqu’à son retour en forme. En janvier 2018, le demi-centre devait reprendre sur un contrat à mi-temps, toujours en parallèle de son poste dans l’éducation nationale, dans un club contraint de faire des économies et ayant recruté deux demi-centres à l’intersaison (David Garcia et Christopher Corneil). Florian Dessertenne a dit non. « Ce qui m’était proposé n’était pas respectueux vu les sacrifices que cela comportait. » Florian Dessertenne aurait été le seul joueur du collectif, avec Jordan Allais (semi-pro au club et à mi-temps dans la vie "civile"), à pratiquer deux métiers. C’est sur ce point que Thomas Lamora a livré sa seule réaction dans cette petite tempête médiatique. « Un club tel que le Caen Handball a su vite évoluer par sa capacité à rester fidèle à ses orientations, et ce sans plier sous les pressions de quelles sortes qu'elles soient. […] Il n'est plus possible aujourd'hui, pour des joueurs réclamant des salaires qui permettent à de nombreux français de vivre, de ne pas être investis à 100% dans leur activité sportive, et d’être ainsi concernés par d'autres préoccupations que leur état de forme physique et physiologique, et leur métier de joueur professionnel. Ce qui a pu fonctionner en Nationale 1 a montré ses limites en Proligue, en témoigne la fin de saison passée. » Un point de vue que Florian Dessertenne, forcément, ne partage pas. « Je pense avoir démontré que malgré plusieurs choses – la naissance de ma fille, mon travail d’assistant d’éducation, le CAPEPS – j’avais ma place en Proligue. J’aurais pu continuer de gérer à nouveau cette multifonction. »

 

La famille avant tout

Une fois sa non-signature actée, Florian Dessertenne s’est interrogé sur la suite à lui donner. « Après le troisième rendez-vous avec Thomas (Lamora), je voulais arrêter complètement le hand. Mais ça aurait été du gâchis, je joue depuis presque 25 ans. Je me suis dit "pourquoi pas entraîner", j’ai eu des propositions dans le coin. Enfin, j’ai pensé qu’il fallait peut-être continuer à jouer pour surmonter cette claque. Sans compter que j’aurais sûrement pris vingt kilos si j’avais arrêté (rire). » Florian Dessertenne a pensé à Granville, en Nationale 2, et Courseulles, en Pré-Nationale. La distance avec le premier et le peu de niveau offert par la seconde hypothèse l’ont tour à tour dissuadé. C’est Gonfreville l’Orcher, son ancien club, qui a finalement retenu son attention. « C’est un club familial qui a su m’ouvrir les bras quand j’étais en difficulté alors que son recrutement était bouclé. Il y a une belle équipe. Mais j’avoue que ça me fait ch… de faire autant de route pour aller m’entraîner. » À son retour en décembre, Florian Dessertenne devra se coltiner deux fois trois quarts d’heure de transport quatre fois par semaine. « Je m’entraînerai quand même moins que les autres. Je vais pouvoir profiter de ma famille. » L’emploi du temps sera toutefois à nouveau très dense, entre le lycée du lundi au mercredi, la formation de professeur les jeudi et vendredi, et le hand à 80 kilomètres de là.

 

Florian Dessertenne retrouvera-t-il un jour la Proligue ? Pas sûr, d’autant que Gonfreville ne peut pas prétendre y accéder faute du statut VAP (Voie d’accession au professionnalisme). « À court terme, je mets mes ambitions de côté. Il me reste encore trois ou quatre ans pour faire des belles choses. Je préfère descendre d’un cran et penser plus à moi. Je me suis rendu compte qu’il ne fallait pas que je sois autant investi dans le hand. Ma famille doit passer en premier. Mais si un jour je peux rejouer en Proligue, je ne dirai pas non. » Ce ne sera pas avec Caen, où la belle histoire s’est arrêtée brutalement. « Je ne suis pas en conflit avec le club, assure Florian Dessertenne. Je suis en fin de contrat, je ne peux rien dire. C’est plus sur l’aspect humain que je suis déçu. Avec ce que j’ai fait au club, je ne pensais pas que ça allait se passer comme ça. » Mais le demi-centre l’assure, il sera dans les tribunes du Palais des Sports en début de saison pour encourager les copains. Droit dans ses bottes. « Je n’ai rien à me reprocher. J’ai fait des choses au Caen Handball, et le Caen Handball m’a apporté beaucoup de choses. Il m’a donné l’occasion de jouer contre Paris, en Proligue, etc. Je le remercie pour ça. Joueurs et entraîneurs, nous ne sommes que de passage. » Celui de Florian Dessertenne aura marqué l’histoire du club. Son départ aussi.

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