Florian Dessertenne : « Il nous manque une ambition commune »

12 avril 2017 Ecrit par 

Premier non-relégable malgré une avance sur la zone rouge qui lui permet d’aborder sans véritable inquiétude les cinq derniers matchs de la saison, le Caen Handball traverse une mauvaise passe. La bonne dynamique de la fin d’année 2016 est déjà très loin. Florian Dessertenne, capitaine des troupes, ne fait pas mystère des difficultés caennaises.

 

 

Il y a un peu de blues dans la voix de Florian Dessertenne. Le capitaine du Caen Handball aime trop le jeu et la camaraderie qui lui est associée pour ne pas être attristé par la fin de saison que vit son équipe. Il y a un an, les Vikings faisaient briller plus que jamais la petite flamme qu’on percevait au-dessus d’eux. Ils étaient bons, ils étaient plus forts que bien des équipes en Nationale 1, mais ils n’avaient pas que ça. Une force collective se dégageait d’eux. Alors quand il y songe, Florian Dessertenne confesse « une petite nostalgie ». « En N1, on était une bande de potes. Maintenant, on est plus des collègues de travail. Chacun doit penser à l’année prochaine. C’est un peu plus compliqué à gérer et ça se ressent. » Le souvenir des barrages d’accession en Proligue ne peut qu’aviver le ressenti. « On devait absolument gagner le troisième match pour monter. Même dans la douleur, on avait su se remobiliser pour un objectif commun. C’est ce qui nous manque, là… » Il y a en fait un paradoxe dans le ressenti évoqué par l’ancien joueur de Pontault-Combault. Son objectif, Caen l’a atteint en se maintenant assez tranquillement en Proligue, même si l’affaire demande encore à être assurée mathématiquement. Les Caennais ont toujours disposé d’une marge rassurante. Ils ont aussi montré, par moments, un visage propre à séduire leur capitaine autant que les observateurs. C’était notamment contre Istres, Pontault-Combault et Massy, trois équipes du top 5 accrochées en première partie de saison.

 

Une mauvaise dynamique

 

Seulement, depuis la défaite concédée à Dijon lors de la reprise du championnat, après l’interminable trêve hivernale, ce n’est plus tout à fait pareil. Il y a certes eu deux victoires, dont une contre Limoges loin d’être anecdotique, et une défaite de bonne facture face à Chartres, mais c’est comme si le revers subi en Bourgogne avait déréglé la machine. Là-bas, Caen s’était incliné 27-26 après avoir compté cinq buts d’avance en deuxième mi-temps. « Ça a tourné à ce moment-là, estime Florian Dessertenne. On était bien lancé fin-décembre. La trêve a fait mal. Si on avait battu Dijon, on aurait pu garder un espoir de jouer quelque chose. » L’espoir a disparu aussi vite qu’il avait montré le bout de son nez. En enchaînant les défaites (Caen a perdu six de ses sept derniers matchs), le Caen Handball s’est vu progressivement contraint de séjourner juste au-dessus de la zone rouge. Et ce ne sont pas ses deux derniers matchs, soldés par des défaites 30-27 à Cherbourg et 32-30 à Nancy, qui sont à même de rassurer. À Cherbourg, les pertes de balle avaient provoqué pléthore de contre-attaques concrétisées par les mobylettes adverses. À Nancy, c’est la défense qui a cédé sous les coups de butoir.

 

L’ennui, c’est que la défense est censée être l’arme principale des Vikings (ce sont des Vikings revisités). Serait-elle à l’image du gros coup de mou traversé depuis quelques semaines ? « On galère en défense placée actuellement. On travaille encore beaucoup sur ça cette semaine. On n’arrive pas à retrouver notre défense de la saison dernière. Il y a eu des changements, puisqu’on s’appuyait beaucoup sur Alex (Aguilar) mais aussi Carl (Ekberg, blessé, ndlr) et Jo (Allais, qui revient de blessure avec la réserve en N2, ndlr). On a construit certains repères pendant deux ans et il a fallu recommencer avec de nouveaux joueurs. En face, le niveau des adversaires n’est pas le même non plus. Mais ça fait huit mois qu’on travaille ensemble et on n’a toujours pas ces relations. » Au vu de la dynamique d’ensemble, la cause est aussi mentale. Si elle ne l’est pas d’abord. « C’est un peu dans la tête, poursuit Florian Dessertenne. On baisse vite les bras, en attaque comme en défense. Ce n’est pas le collectif qui prime quand on est en difficulté. »

 

« Si on n’est pas motivé pour un match comme celui-là… »

 

Le constat établi par le capitaine est au cœur des observations consécutives aux dernières sorties. « Quand on fait la course en tête, on est bien. On l’a vu à Nancy en première mi-temps. Par contre, on prend l’eau quand on est derrière. Il n’y a que contre Istres en début de saison qu’on a réussi à revenir après avoir été menés de quatre buts. Chaque match est différent, mais ce qui se ressemble à chaque fois, c’est qu’on baisse les bras quand on a quatre ou cinq buts de retard. Chacun veut faire son Zorro, ça part d’une bonne intention, mais ça ne marche pas comme ça. » La clé, Florian Dessertenne la connaît. C’est celle qui se nourrit de victoires bien plus que de défaites. « Si on retrouve nos valeurs, si on retrouve notre solidarité, on regagnera des matchs. Il faut retrouver l’envie de jouer ensemble. Mais c’est plus compliqué quand on perd… » S’extraire du cercle vicieux est d’autant plus malaisé que les sources de motivation se font bien rares à cinq journées de la fin. Potentiellement, Caen peut encore gagner quelques places pour éviter de finir premier non-relégable. Pas sûr toutefois que cela suffise à transcender. « La fin de saison est un peu longue. J’ai l’impression qu’on regarde plus le nombre de matchs qui restent à jouer pour se projeter sur autre chose plutôt que pour profiter de ceux-ci et chercher à les gagner. »

 

Comment, dès lors, retrouver l’envie ? « Il n’y a pas beaucoup de sources de motivation. On est tous pros, on est payés pour s’entraîner. C’est la conscience professionnelle de chacun qui doit parler. C’est à chaque joueur individuellement de se fixer ses objectifs. C’est pour cela que c’est difficile collectivement. Certains joueurs ont envie de partir, d’autres ont resigné, mais c’est compliqué quand il n’y a pas d’ambition commune. » Florian Dessertenne, qui voit le hand comme « un partage avec tes coéquipiers », ne cache pas la frustration qu’il ressent sur cette fin de saison. Vendredi, pourtant, l’affiche programmée au Palais des Sports a de quoi réveiller une passion peut-être endormie chez certains. Caen affrontera Tremblay, leader de Proligue. Pour le capitaine caennais, « si on n’arrive pas à être motivé contre Mladen Bojinovic, Samuel Honrubia, Patrice Annonay, etc., autant rester dans la tribune. Ok, il n’y a plus grand-chose à jouer, mais on se doit de faire un match correct pour le public, les bénévoles et les dirigeants. On va essayer de les embêter et de confirmer qu’on ne lâche rien chez nous. » Florian Dessertenne aura peut-être les yeux qui brilleront un peu plus devant Mladen Bojinovic, ancien vainqueur de la Ligue des Champions, dont la poster est encore dans sa chambre d’enfant. Caen aura besoin de retrouver un petit supplément d’âme pour espérer chatouiller ce grand nom du handball européen et son équipe.

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