Medhi Lecreux (USON Mondeville) : « Le foot m’a tout apporté »

23 novembre 2017 Ecrit par  Bernard Guyonnet

Au même titre que le Divais Alex Lapisse ou qu’Antoine Prével son équipier à Mondeville, Medhi Lecreux est l’un des derniers « dinosaures » du football bas-normand, ceux qui ont débuté leur carrière en seniors au siècle dernier. Depuis ses débuts à Argentan au niveau fédéral, celui qui a les mêmes initiales qu’un certain Lionel Messi (à moins que ce ne soit le contraire) a accumulé prés de 350 matches de championnat et inscrit plus de 130 buts… Chapeau l’artiste !

 

Bernard Guyonnet l’a retrouvé pour retracer les grandes lignes de son parcours et évoquer l’actualité récente de l’USONM. Souvenirs, souvenirs !!! Entre anciens aiglons, le courant est forcément bien passé…

 

B.G. : Je garde dans mon cœur une grande place pour mon passage au club de L’Aigle. Et toi Medhi, que te reste-t-il de tes années aiglonnes ?

M.L. : Je suis né à L’Aigle et j’y ai joué jusqu’à l’âge de 21 ans. Pour dire ce qu’il me reste de mes années aiglonnes, il me faudrait écrire beaucoup de pages (sourire). Le club de l’Aigle m’a tout apporté. Il a été le départ de ma vie personnelle et professionnelle. J’y ai côtoyé des personnes extraordinaires à l’image de Mehmet Caglayan, Dominique Mongiat et l’unique Claude Bouju pour ne citer qu’eux. Ils se démènent pour faire vivre le club et éduquer les jeunes des quartiers. Sans eux, je pense que j’aurais peut-être mal tourné. Je leur dois beaucoup tant sur le plan humain que sportif.

 

B.G. : Ton véritable envol tu l’as pris à Argentan. « Normal » me diras-tu, « pour un aiglon qui quitte son aire ». Tu avais 21 ans et tu as mis cette saison-là, 15 buts en 30 matches. Pas mal pour des débuts en CFA2…

M.L. : On sortait d’une belle saison avec L’Aigle et j’avais mis quelques buts en DHR. J’ai été contacté par Argentan qui venait de réaliser quelques mois auparavant son épopée en Coupe de France. Pour moi, ce fut une vraie surprise car je ne pensais pas pouvoir un jour gagner de l’argent en jouant au foot (rire). Et puis j’allais faire mes études de STAPS sur Caen, j’ai donc accepté ce beau challenge. Après un début difficile (je suis arrivé avec 6 matches de suspension de L’Aigle), je me suis vite acclimaté à la CFA2 grâce à de super joueurs qui m’ont apporté leur expérience. Argentan a constitué un bon tremplin pour moi.

 

B.G. : Après cette saison 2001/2002, tu attires le regard des recruteurs et c’est le FC St Lô qui se montre le plus convaincant …

M.L. : Effectivement, plusieurs clubs m’ont approché. J’ai rencontré les dirigeants du FC St Lô et je n’ai pas hésité une seconde. Je suis arrivé dans un grand club de la région, un club sain dirigé par Dominique Demouy et entraîné par Olivier Joba, deux personnes qui ont beaucoup compté pour moi. Olivier m’a dit que tous les attaquants qui étaient passés entre ses mains avaient tous joué au-dessus par la suite… maintenant je le confirme, ses attaquants ont joué plus haut (Vauvy, Koré…).

 

B.G. : C’est au sein de l’équipe saint-loise que je te vois pour la première fois et forcément j’ai un regard particulier sur ta prestation. Aisance technique, intelligence dans les déplacements, je découvre un joueur au talent déjà affirmé et au potentiel bien supérieur à la CFA2…

M.L. : Merci Bernard pour les compliments !!! Mais tu y vas un peu fort… Je suis arrivé à St Lô avec ma fougue de l’Aigle et Olivier a su me canaliser et me faire travailler tactiquement. J’ai intégré une équipe avec des joueurs ayant évolué au-dessus. J’ai énormément progressé au cours de cette première saison et en mai on monte direct en CFA. Je me retrouve l’année suivante à jouer contre des réserves de Lille, Lens et PSG (avec Sorin, l’ancien capitaine de l’Argentine)… Un autre monde ! J’ai passé de superbes années à St Lô, un club familial qui a su m’accueillir, notamment la famille Lefranc que je remercie encore…

 

B.G. : Le Stade Malherbe ne pouvait pas rater une telle opportunité et t’intègre dans ses rangs. La perspective est belle mais patatras, tu te blesses gravement et ta saison 2005/2006 est complètement fichue…

M.L. : Effectivement je signe avec la réserve du Stade Malherbe en 2005 et je fais une bonne préparation. Malheureusement, comme tu l’as souligné, je me casse les ligaments croisés du genou droit sur un banal appui à l’entraînement, la veille de mon premier match avec la réserve… la poisse !!! (grimaces). Dans mon malheur, j’ai eu la chance d’être pris en charge par l’équipe médicale du club et grâce aux séances de rééducation quotidiennes, j’ai pu rejouer au bout de 5 mois.

 

B.G. : Tu réapparais la saison suivante mais cette blessure a coupé ton élan et tu ne disputes qu’une petite dizaine de matches avec la réserve en CFA2…

M.L. : Exactement, cette blessure m’a stoppé net dans ma progression. Je suis reparti quasiment de zéro et j’ai dû batailler ferme pour avoir du temps de jeu. A l’époque, nous avions une équipe réserve de folie avec des joueurs comme Grandin, Valéro, Toudic, Raineau… On fait monter l’équipe en CFA lors du dernier match, un super souvenir avec Keny Gillet, mon capitaine de l’époque.

 

B.G. : Tu décides alors de revenir te ressourcer sous tes anciennes couleurs…

M.L. : En fin de contrat au Stade Malherbe, je fais le choix du cœur et je décide de revenir sur St Lô. Malheureusement, on descend en fin de saison… Comme le club devait faire des économies et vu mon statut d’étudiant, j’ai dû partir.

 

B.G. : A ce moment-là, tu fais encore parler ton cœur et tu reviens à Argentan en DH pendant une saison puis tu t’engages avec Mondeville. À l’époque, tu ne sais pas que l’histoire va perdurer. Aujourd’hui, tu entames ta 8ème saison chez les « ouvriers »…

M.L. : Argentan avait réussi à construire une belle équipe avec des joueurs aguerris comme Sylvain Gauvain, David Lefevre, Stan Leconte, Yo Néris et avait affiché de grosses ambitions… On rate la montée de peu et, signe du destin, c’est St Lô qui réussit à monter (rire). J’étais un peu malheureux mais super content pour mes anciens collègues.

 

B.G. : A moins de découvrir une potion magique, on peut dire que ta carrière à ce niveau est proche d’atteindre son terme. Quel regard portes-tu sur l’ensemble de ton parcours ?

M.L. : Concernant mon parcours, je suis fier d’être passé dans chacun de ces clubs régionaux. J’aurais pu partir loin ou même à l’étranger mais je voulais rester sur Caen avec mes familles et mes amis à proximité. Je ne regrette pas ce choix. J’ai vécu des moments inoubliables, que ce soit en club ou avec l’équipe STAPS avec laquelle nous avons réussi à devenir plusieurs fois champions de France et même champions d’Europe universitaire sous la houlette de Yannick Carreau. Certains joueurs avec qui j’ai évolué sont devenus des amis proches. Le foot m’a tout apporté, donc je suis fier d’avoir fait le tour de la Basse-Normandie.

 

B.G. : Toi qui as débuté en seniors au moment de la coupe du monde 1998, quelle évolution as tu noté dans le foot, au niveau du jeu et au niveau de l’esprit ?

M.L. : J’avais 18 ans lors de la coupe du monde et je commençais tout juste à évoluer en seniors. A cette époque qui n’est pas si lointaine que ça (sourire) nous n’avions que le foot comme occupation. C’était le début d’Internet et des portables… On jouait à l’instinct sans se prendre la tête. Maintenant les approches des matches sont différentes, beaucoup plus tactiques. Je me souviens que l’on mettait juste une organisation en place et rien de plus. L’envie et le talent pouvaient suffire. Aujourd’hui, l’organisation tactique a pris le dessus, avec un jeu beaucoup plus resserré ce qui donne parfois des matches très fermés. Concernant l’état d’esprit, nous étions plus insouciants et jouions sans prise de tête. La « nouvelle génération » veut tout et tout de suite sans toujours avoir un comportement irréprochable. J’ai vu pas mal de jeunes passer à Mondeville avec un talent footballistique incroyable, capables d’avoir le ballon d’or des entraînements puis une fois arrivés en match, plus rien (rire). Cette génération est plus faible mentalement qu’à notre époque. Heureusement, il y a des exceptions…

 

B.G. : Tu as côtoyé une belle palette d’entraîneurs avec bien sûr en tête, Olivier Joba qui t’a coaché à St Lô puis à Mondeville et pour qui tu avais, je crois, une réelle affection…Peux-tu, en deux trois mots nous parler de chacun d’entre eux ?

M.L. : Oui j’ai connu beaucoup d’entraîneurs avec des caractéristiques et des principes différents. Mais c’est cette diversité qui a enrichi mon potentiel et qui m’a permis de progresser. Celui qui a forgé ce que je suis, est bien sûr Mehmet Caglyan qui a su nous canaliser et nous sortir du quartier. Ensuite Dominique Mongiat qui m’a lancé en équipe première et qui a su exploiter mes qualités de l’époque. Mais effectivement celui qui m’a fait franchir un palier c’est bien sûr, Olivier Joba. Quand je suis arrivé à St Lô, je jouais à l’instinct et cavalais dans tous les sens. Il a su me faire travailler mes déplacements et m’adapter au système à la mode à l’époque, le 4-4-2. Olivier Joba parvenait à nous transmettre beaucoup d’informations et de consignes toujours concrètes.

 

A Malherbe, changement total de décor mais j’ai vécu, malgré cette blessure, deux magnifiques années avec Sébastien Bannier comme coach. Énormément de séances d’entraînement, deux voire trois par jour… usant mais tellement bien ! Quand on évolue dans une structure pro, on ne mesure pas toujours notre chance mais quand on revient dans le monde amateur, on s’en rend compte. Pour ma première saison à Mondeville, c’était Laurent Dufour le coach et on a passé avec lui et son adjoint, l’unique David Legrain, une bonne saison. On travaillait dans la sérénité et il a su me mettre en confiance. A chaque match il réussissait à nous transmettre son envie débordante. Ensuite j’ai eu deux entraîneurs qui ont connu le niveau au-dessus. Tout d’abord Jeff Peron avec lequel on a joué un 8ème tour de Coupe de France face à une Ligue 2. Jeff est un super mec qui fonctionne beaucoup à l’affectif. Il a cette rigueur de travail qui nous a permis de bien bosser ensemble. Puis Laurent Lesgent est venu deux saisons. Un bon coach avec une expérience du haut niveau. Il a une grande connaissance tactique et nous a transmis beaucoup de valeurs, mais malheureusement, nous n’avons pas réussi à remonter.

 

Depuis deux ans maintenant, Tony Rouillon et Samuel Aubry sont à la tête de l’équipe première. Ils ont su s’adapter très vite à la DH avec le résultat que l‘on connait. Avec eux, on a tout gagné la saison dernière. Chacun apporte ses compétences, Tony sur le plan tactique et Samuel pour le physique. Ils sont très complémentaires et tirent Mondeville vers le haut. Tony me connait très bien et sait qu’il peut compter sur moi à n’importe quel moment. Enfin Yannick Carreau, dont je voudrais saluer l’influence qu’il a eu sur ma carrière. C’était mon coach STAPS pendant plusieurs années et c’est grâce à lui que j’ai joué en équipe de France universitaire. J’ai voyagé avec lui dans beaucoup de pays. Un grand Monsieur !

 

B.G. : Le projet actuel de l’USONM semble ambitieux. Ton avis…

M.L. : Oui c’est un projet ambitieux. Au vu des moyens, il est clair que Mondeville est amené à se développer pour aller chercher plus haut. Les personnes qui sont arrivées au club sont des personnes saines, ambitieuses et proches des joueurs. Le club s’est entièrement structuré dans tous les domaines, des équipes de jeunes à l’équipe première. Tout ce qui se passe au club est positif pour le moment et chacun trouve sa place. Mondeville peut et doit viser plus haut que le National 3.

 

B.G. : Concernant la saison actuelle, comment expliques-tu les résultats en dents de scie de ton équipe et son rendement quelque peu décevant par rapport aux attentes ? C’est dû à quoi ? Le niveau élevé des clubs concurrents ou les carences de l’équipe ?

M.L. : Les résultats comme tu dis sont en effet en dents de scie. Nous avons connu un mercato mouvementé avec énormément d’arrivées. Le club s’est donné les moyens de viser la montée en recrutant beaucoup de joueurs de qualité. Il a donc fallu reconstruire une équipe… On avait fait une bonne préparation mais c’est vrai que depuis quelques semaines, nous avons des difficultés à enchaîner les bonnes performances… Pour certains, la charge d’entrainements a beaucoup augmenté ce qui n’est pas toujours facile à digérer physiquement. C’est vrai également que le championnat de N3 est plus exigeant avec des équipes qui, à mon avis sont moins talentueuses mais qui compensent avec l’envie. Je ne suis pas du tout inquiet car on travaille beaucoup à l’entraînement et on a des joueurs au dessus du lot qui nous tirent vers le haut à l’image de Benjamin Morel et Thomas Bosmel pour ne citer qu’eux, et un peu Teddy Gaudiche…

 

B.G. : En tant qu’ancien du club, quels commentaires portes-tu sur le début de saison du FC St Lô ?

M.L. : C’est un peu une surprise de les voir tout en haut du classement. Mais il y a beaucoup de joueurs de qualité là-bas et c’est un club sain qui fonctionne encore avec des dirigeants historiques. J’espère que l’on va pouvoir combler rapidement notre retard sur eux (sourire).

 

B.G : Après avoir remisé les crampons, comment retrouvera-t-on Medhi Lecreux ? En tenue d’entraîneur, en spectateur ou téléspectateur assidu ou bien en simple ancien footeux détaché des choses du foot ?

M.L. : Honnêtement je n’y ai pas encore pensé Je crois que dans un premier temps, je savourerais le fait d’être à la maison tous les soirs. J’ai commencé le foot à 5 ans et ça fait 32 ans que je joue sans interruption ; Ensuite, pourquoi pas mettre ma petite expérience au service d’un club… mais je vais avant tout profiter encore plus de ma famille. Ma femme supporte mon foot depuis tant d’années mais heureusement qu’elle est là pour moi ! Donc je vais prendre mon temps pour revenir…

 

B.G. : Pour finir … une question indiscrète : ça vient d’où ton surnom « le bourdon » ?

M.L. : Oups !!! Question piège ! Ce sont mes potes de STAPS qui m’ont trouvé ce p’tit surnom, mais je ne peux pas en dire plus malheureusement (rire).

 

 

Leur regard sur Medhi Lecreux

 

Mehmet Caglayan, son coach en U18 au FC Pays Aiglon :

« Medhi a réellement explosé dans la catégorie U18. Jusqu’en U15, ses qualités ne sautaient pas aux yeux. C’était un mordu et il ne manquait jamais un entraînement mais il avait du mal à trouver sa place dans l’équipe. En U18, c’est devenu un leader positif dans une équipe de copains venant pour la plupart du quartier Blaizot, situé en face du stade. Medhi avait la passion du foot et c’était un gros bosseur. Grâce à sa volonté, il a énormément progressé et en plus c’était un équipier modèle que je n’ai jamais entendu critiquer un partenaire. »

 

Dominique Mongiat, responsable en 98 du groupe seniors au FC Pays Aiglon

« Medhi a intégré le groupe seniors dont j’étais responsable en 1998. Il a commencé la saison en équipe B puis je l’ai pris en A pour un match en retard aux PTT Caen… Il n’a plus jamais quitté le groupe et a fini meilleur buteur de l’équipe avec une quinzaine de buts. Durant ce match à la Hache, il était remplaçant et devait entrer en deuxième mi-temps comme milieu défensif, le poste qu’il avait toujours occupé. Un de mes attaquants se blesse et du coup Medhi prend sa place. Il a fait une entrée fracassante en attaquant de pointe. Pendant trois ans, il a ensuite martyrisé les défenses de DHR, marquant but sur but et réussissant des exploits retentissants dans son jardin qu’était le stade Foisy. On a fini deuxième de DHR trois ans de suite et mon regret c’est de ne pas avoir pu évoluer en DH au moins une saison avec ce phénomène. Medhi est parti logiquement pour jouer plus haut mais il a gardé le contact avec nous et il restera une référence pour nos jeunes. J’ajoute que Medhi s’est occupé pendant deux saisons des petits U11 et j’ai toujours pensé qu’il ferait un super coach après sa belle carrière de joueur. »

 

Olivier Joba, son entraineur à St Lô (2002 à 2005 et 2007/2008) puis à Mondeville (2015/2016)

« Medhi, c’est un équipier remarquable car il montre l’exemple à beaucoup. Investissement constant, sérieux, encourageant et bienveillant avec les autres, c’est un leader de vestiaire joyeux et constructif. Pour un entraîneur, c’est très bénéfique évidemment. De plus, en termes de performances, il est toujours là où on l’attend et il donne toujours le meilleur de lui-même. Avec moi, il a encore fait une très belle saison 2015/2016. »

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