Thomas Bosmel : « J'étais à la limite d'arrêter le foot »

01 août 2017 Ecrit par 

Né à Caen et formé au Stade Malherbe, Thomas Bosmel avait pris son envol en 2014 pour s’engager en faveur d’Arles-Avignon. Après une année très compliquée là-bas, le gardien de but a connu une saison blanche consécutive à la liquidation judiciaire du club. En septembre 2016, Thomas Bosmel a retrouvé le chemin des terrains avec Mondeville, pour qui il nourrit de grandes ambitions. Le passage du monde pro au football amateur a été bien digéré par le joueur de 29 ans.  

 

Thomas, la préparation bat son plein à Mondeville et semble se rapprocher de celle d'un club pro. C'était le vœu des dirigeants ?

Oui, le club souhaite un fonctionnement qui se rapproche des structures professionnelles. En terme de nombre de séances d'entraînement, on y est. Sur la première semaine, on a dû faire douze séances, conclues par un stage à Houlgate qui s'est super bien passé. Depuis, on a un peu moins d'entraînements mais on est passé sur une phase où on enchaîne les matchs tous les trois jours. C'est aussi intensif, d'autant que la charge des entraînements a augmenté. On a accéléré dans la prépa.

 

Comment se passe ce début de préparation ?

Cela se passe bien. Physiquement, par rapport aux retours qu'ont les coachs, on est même en avance apparemment. Le but est de s'entraîner plus que les autres. L'année dernière, c'est ce que les coachs avaient mis en place. C'est un des secrets qui va nous permettre, peut-être, de faire une belle saison.

 

As-tu le sentiment que, malgré votre statut de promu, vous serez attendus ?

Oui, parce que le club affiche ses ambitions : terminer le plus haut possible dans ce classement. Avec le projet du club, il est hors de question de parler de maintien. On va être attendus parce qu'on a mis les moyens sur le recrutement. Neuf arrivées, cela attire l'œil. Cela va nous permettre d'avoir un autre statut, pas celui du promu qui va se faire attraper tous les week-ends. On va essayer d'imposer quelque chose à nos adversaires.

 

La montée est dans un coin de vos têtes ?

Le but est de terminer le plus haut possible. Si on est proches de monter dès la première année, on ne se privera pas de le faire.

 

« Faire monter le club le plus haut possible »

 

Comment s'est passée ta première saison au club l'année dernière ?

On a tout gagné. On avait cet état d'esprit, la volonté de tout gagner. C'est grâce à cela qu'on a gagné les trois titres qui se sont présentés à nous. Personnellement, je me suis bien senti. J'ai commencé à retrouver des sensations rapidement. Quand j'ai repris avec Mondeville, ça faisait un an que je n'avais pas joué de match. J'ai eu une entorse au genou qui m'a fait perdre un mois et demi, mais j'ai vraiment retrouvé de bonnes sensations en fin de saison. Je participe un petit peu plus au jeu qu'en pro. Il y a un peu moins de pression sur les centres ou le jeu au pied. Au niveau de la communication aussi, je participe un peu plus. En pro, c'est plus compliqué compte tenu du bruit dans les stades.

 

Quelle est ta vision de ce projet très ambitieux porté par Mondeville ?

C'est ce projet qui m'a convaincu de venir. Si on m'avait appelé l'année dernière simplement pour venir jouer en DH, je ne serais pas venu. J'étais à la limite d'arrêter le foot, donc j'aurais préféré m'amuser avec mes copains. Le projet va vite parce que le président a des ambitions et des moyens. Il veut que le club monte le plus vite possible. C'est à nous de répondre à ça par beaucoup d'exigence. En terme de résultats, il a de grosses attentes. Il ne laissera pas passer quelques résultats négatifs consécutifs.

 

Pourquoi as-tu imaginé arrêter le foot avant de signer à Mondeville ?

J'étais un peu dégoûté suite à ce qui m'est arrivé à Avignon. Je suis passé par des périodes de deux trois mois sans salaire, la liquidation a mis du temps, le dossier n'est toujours pas réglé... Il a fallu un peu de temps pour que tout se mette en place. Laurent Glaize m'a contacté à mon retour sur Caen. Je lui ai demandé une petite semaine de réflexion. J'hésitais entre tout arrêter pour entamer ma reconversion et m'engager dans ce projet. Ce qui m'a convaincu, c'est le projet sur l'avenir. J'ai envie de m'investir le plus longtemps possible et de faire monter le club le plus haut possible, selon mes possibilités.

 

Tu es passé de Ligue 2 à DH. Pourquoi ?

J'ai eu les premiers contacts avec Mondeville assez tôt mais je voulais attendre jusqu'à fin-août (2016) pour voir si je pouvais trouver quelque chose d'intéressant au niveau pro. Ça ne s'est pas présenté. Après, il y a eu des difficultés. Les agents sont là quand ça se passe bien, ils sont moins présents quand ça se passe mal... Pour ma part, ils m'ont complètement laissé tomber. J’ai quand même eu des contacts, mais rien de concret. Le dernier contact concret avant Mondeville était Le Mans en CFA2. Ce qu'ils me proposaient financièrement n'était pas intéressant pour moi. Je n'ai pas choisi d'arrêter, je n'ai juste pas eu la possibilité de retrouver une structure pro. Le projet de Mondeville est tombé à pic.

 

« M'inscrire ici dans la durée »

 

Cela a-t-il été une surprise de ne pas retrouver de club pro après avoir pourtant joué quelques matchs en Ligue 2 et même Ligue 1 ?

Je pensais que j'allais retrouver quelque chose mais quand on sort du circuit, c'est difficile. J'ai un peu joué, pas énormément mais quand même suffisamment, je pense, pour pouvoir prétendre à quelque chose. Il faut avoir un petit peu de chance. Les clubs, maintenant, misent beaucoup sur des jeunes au poste de doublure. À 29 ans, je n'ai plus trop de valeur. Prendre des petits jeunes coûte un peu moins cher. Plein d'éléments expliquent que je n'ai pas retrouvé de club pro. Le projet de Mondeville m'a permis de retrouver du temps de jeu et le plaisir que j’avais complètement perdu. Le club m'a permis de me relancer, c'est aussi pour cela que j'ai envie de m’investir et de m'inscrire sur la durée ici.

 

Tu as été dégoûté du foot à un moment donné, ou du moins du monde professionnel ?

Oui, du monde professionnel. Pas à Caen, où ça s'est toujours bien passé. Le club est structuré. C'est ce qui s'est passé à Avignon qui m'a un peu dégoûté. Le président voulait tout gérer. Il a fait couler le club. Il a entraîne tout le monde avec lui et mis des gens dans des conditions difficiles derrière.

 

On imagine que tu étais loin de t'y attendre en signant là-bas...

En effet. J’étais en fin de contrat avec Caen. C'est Franck Dumas qui me fait venir. Quinze jours avant la reprise, il m'appelle en me disant que le président veut le virer et que ce ne sera donc plus lui l’entraîneur. Mais il me rassure : « ne t'inquiète pas, je connais le coach qui arrive, il s'occupait des jeunes à Monaco ». Au final, ce qui a été mis en place n'était pas cohérent. Il y avait deux coachs à peu près sur un pied d'égalité, ils se tiraient dans les pattes. Le coach numéro 1 est passé numéro 2, et le numéro 2 est devenu le numéro 1. Cela a posé des problèmes pendant les premiers mois.

Quand j'arrive, je joue les six premiers matchs, ça se passe bien, mais le président décide de recruter un gardien prêté par Chelsea (Matej Delac, qui a la particularité d’avoir été prêté dans neuf clubs par Chelsea, ndlr) le 31 août, le dernier jour du mercato. Il m’annonce qu'il veut que je parte. J'ai un jour pour trouver un nouveau club, ce qui est impossible. Au départ, les coachs me disent qu'ils me font confiance, que je vais continuer à jouer, mais je me rends vite compte que ça ne va pas être comme ça. C'est le gardien de Chelsea qui joue. Il ne fait pas de bons matchs, mais il reste titulaire. Au bout de quelques mois, j'apprends que Chelsea continue de payer l'intégralité de son salaire mais à une condition : qu'il joue. S'il ne jouait pas, le club avait une amende et devait payer son salaire.

Il a joué jusqu'en décembre. Cela m'a mis dans une situation un peu compliquée. Je suis quasiment passé en une semaine de numéro 1 à numéro 4 parce que le président ne voulait pas que je joue, même en équipe réserve. C'était un bordel impossible. Un nouveau coach est arrivé en janvier. Il m'a remis titulaire lors du premier match à Orléans. J'ai fait un bon match. Derrière, je suis malade la semaine d'après. Quand je reviens quinze jours plus tard, je ne suis pas dans le groupe. Il avait remis le gardien de Chelsea entre temps, ça ne s'était pas bien passé, et il avait pris un autre gardien ensuite. Je suis complètement sorti du groupe. J'ai basculé en réserve.

Derrière, je finis la saison comme numéro 2, le gardien de Chelsea étant parti. On est relégué en National, mais la DNCG nous rétrograde administrativement en CFA2. Les dirigeants font appel à toutes les instances, mais tout est débouté, donc le président liquide le club. On s'est retrouvé tous au chômage. C'est toute cette histoire qui m'a dégoûté, pas mes années à Malherbe bien que j'aurais aimé jouer un peu plus. Avec Malherbe, j'ai fait de belles aventures en Coupe de la Ligue et en Coupe de France. Et c'était mon club formateur, je connaissais tout le monde. J'avais même plaisir à redescendre jouer en CFA.

 

Arles-Avignon a fait basculer ta carrière...

Oui. C'était un mauvais choix, mais on ne peut jamais le savoir en avance. J'avais aussi une possibilité avec Clermont. Le club me voulait absolument, m'avais contacté rapidement, mais tardait à me faire une proposition. Quand celle d'Avignon est arrivé, je ne me suis pas posé la question.

 

Est-ce que tu as des regrets quant à ta carrière, notamment à Caen ?

Non, je n'ai pas de regret. Je me suis toujours entraîné correctement. Après, ce sont des choix de coach, des préférences sur des profils de gardien. Si Franck Dumas, qui avait souhaité me faire passer numéro 2, était resté, j'aurais peut-être un petit peu plus joué qu'avec Patrice Garande. Patrice Garande a préféré le profil de Damien Perquis. Il m'a avoué, quand je suis parti, qu'il avait failli changer d'avis à un moment donné. Mon plus gros regret, c'est d'avoir tout donné et d'en être arrivé là. Je vois des joueurs qui sont dans la même situation que moi, mais je pense qu'à certains moments ils n'ont pas tout mis en œuvre pour faire mieux. Moi, j'ai toujours tout mis en œuvre, même à Avignon quand c'était compliqué. Je n'ai pas baissé les bras. Je n'ai pas de regret sur mon investissement et mon travail. Le gros regret est d'avoir quitté le monde pro et de ne pas avoir réussi à y rester plus longtemps.

 

« Moins de chichi dans le monde amateur »

 

Tu aurais mérité d'y rester ?

Je pense que j'aurais mérité plus, oui. À Caen, je n'aurais peut-être pas mérité d'être numéro 1, mais en quittant Avignon j'aurais pu espérer retrouver au moins un poste de doublure en Ligue 2. Quand je vois certains gardiens, je n'ai rien à leur envier. Mais il faut avoir un peu de chance, et je n'étais plus le petit jeune que les clubs de Ligue 2 privilégient comme numéro 2.

 

C'est aussi la difficulté du poste de gardien de but ?

Il y a moins de places, c'est sûr. Il y a de plus en plus de gardiens au chômage. Les places sont très chères. Juste avant que le club d'Avignon soit liquidé, le gardien d'Orléans s’était blessé. Mon agent avait postulé, mais une dizaine de gardiens étaient dessus aussi. Il y avait des mecs bien plus expérimentés que moi. Les clubs ont l'embarras du choix. Il y a des gardiens qui restent sur le carreau...

 

Comment envisages-tu ta reconversion ?

J'ai des projets, sur lesquels je ne préfère pas m'étendre. Je suis en train de réfléchir à plein de choses, comme passer mes diplômes d'entraîneur pour être entraîneur des gardiens. J'ai aussi des projets indépendants du foot. Il me reste une année et demie de chômage qui va me permettre de faire des formations. Derrière, je pourrai en dire un peu plus.

 

Tu es passé du monde pro, avec ses paillettes, au monde amateur. Ça a été compliqué à vivre ?

Non, cela s'est fait naturellement. Je suis toujours resté proche de mes amis d'enfance, qui font du foot et sont dans le monde amateur. Et je n'ai jamais été quelqu'un qui aime la gloire, les paillettes, etc. Je suis toujours resté quelqu'un de simple, je n'ai jamais flambé. Retomber dans le monde amateur ne m'a vraiment pas posé de problème, au contraire. Il y a moins de chichi. Les relations sont un peu plus sincères et il y a moins de prises de tête.

 

« Amener le club aux portes du monde pro »

 

Tu as gardé des amis de tes années à Malherbe ?

Oui, je suis resté en contact avec les joueurs de ma génération, comme Livio Nabab et Thibault Moulin.

 

Tu retournes au stade de temps en temps ?

J'y suis allé en rentrant d'Avignon, il y a un an et demi. C'était un Caen – Saint-Etienne, ça m'a permis de revoir Romain Hamouma et Nolan Roux, que je connais bien. Je n'y suis pas retourné depuis. Je le ferai peut-être bientôt parce que mon fils commence à aimer ça (sourire).

 

Il y a un petit pincement au cœur ?

Quand je passe devant le stade, oui. Mon fils maintenant me demande pourquoi je ne suis plus là. Il faut lui expliquer les choses. À cet âge-là, ce n'est pas facile de comprendre. Oui, il y a un pincement au cœur parce que ce furent mes plus belles années. J'ai joué une dizaine de matchs de coupe, vécu de belles émotions. Mais c'est le passé, et quand je retournerai au stade, ce ne sera que le plaisir de voir le match.

 

Jusqu'où te vois-tu avec cette équipe de Mondeville ?

J'aimerais bien l'amener le plus haut possible, aux portes du monde pro donc en National. Pourquoi pas monter cette année en National 2. Le club veut se structurer pour aller le plus haut possible. Je pense que ça va mettre du temps. C'est difficile de monter tous les ans, et le plus dur sera sûrement de monter de National 2 à National 1. Après, je pense que je ne serai pas loin de la fin. 

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