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Marion ou celle qui fait danser les prisons

31 mars 2017 Ecrit par 
Crédit photos : Christelle Marque (Chris Robert Photographie), ainsi que "Dans les yeux de Patrick", et... le père de Marion.

Zumba. Marion Cherriere est une professeur de Zumba qui a la particularité de ne pas dispenser ses cours uniquement en salle de sports. En effet, cette passionnée et véritable accro au sport dispense des cours... en prison. Une initiative totalement volontaire et épanouissante pour Marion qui a accepté de se livrer à un long entretien avec SportaCaen.fr pour nous faire part de son expérience.

 

Donner des cours de Zumba à des femmes incarcérées ? L'idée a de quoi surprendre alors on a demandé à Marion Cherriere de nous raconter dans un long entretien comment cette idée lui était venue et de nous décrire le déroulement de cette activité.

 

Ayant déjà donné des cours pour des enfants handicapés et alors qu'elle va bientôt essayer de faire connaître la Zumba à des personnes en fauteuil roulant, notre prof de fitness, toujours souriante, revient avec nous sur cette aventure si enrichissante pour elle.

 

(Au début de l'interview, l'intéressée semble un peu nerveuse, ndlr) Déstresse.

J'ai l'impression d'être à un entretien d'embauche (rires).

 

Premièrement, qui es-tu et que fais-tu dans la vie ?

Je m'appelle Marion Cherriere et ça fait huit ans que je suis professeur de fitness. J'ai toujours fait du sport, quand j'étais petite, je faisais beaucoup de danse, après j'ai fait du hockey sur glace, j'ai touché un petit peu à tout. Je suis tombée dans le milieu du fitness en tant que cliente et, à cette époque-là, je faisais un master de géographie. J'ai fini mon master et je me suis rendu compte que la géographie m'intéressait mais sans plus. Je voulais faire du sport, du coup, je suis passée par le CREPS de Houlgate pour faire ma formation et j'ai été embauchée direct parce que, dans ce métier-là il y a beaucoup, beaucoup de travail. Maintenant, je suis prof de fitness et la Zumba, ça va faire sept ans que j'en fais, c'était tout nouveau sur Caen quand j'ai commencé, j'étais une des premières profs. C'est un métier qui marche à fond et maintenant, je ne vis presque que de la Zumba. Je fais encore quelques cours de fitness normaux mais principalement de la Zumba.

 

Il est vrai que la Zumba est en vogue depuis quelques temps, les cours se multiplient.

Maintenant, t'en as partout, même dans les campagnes, la preuve : je travaille le lundi et le jeudi à la salle des fêtes d'Émiéville. Émiéville, il y a 500 habitants (583 pour être exact, ndlr) et j'ai une centaine d'adhérents. Après, je n'ai pas que des gens d'Émiéville mais en gros, c'est l'attraction de la semaine du petit village, on sait que le lundi et le jeudi, il y a Zumba. Ça marche partout.

 

La Zumba, c'est transpirer, ne pas réfléchir et s'amuser !

 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas, qu'est-ce que c'est que la Zumba ?

Ça vient de Colombie, ça existe depuis une vingtaine d'années là-bas. Sur Paris, ça fait presque dix ans que c'est arrivé, chez nous un petit peu moins. C'est un mélange de danse latine et de fitness. L'idée est que, pendant une heure, on alterne les chorégraphies lentes et rapides, comme ça, on brûle un maximum de calories. Il y a des chorégraphies, sur différentes musiques où les couplets et les refrains se répètent, après, on peut changer l'intensité, l'orientation, etc. L'idée est de transpirer, de ne pas réfléchir et de s'amuser. En fait, on a l'impression d'être en boîte de nuit quand on fait de la Zumba (rires). Voilà, c'est très facile la Zumba.

 

Rentrons dans le vif du sujet : tu as la particularité de faire faire de la Zumba à des femmes qui sont en prison ?

Exact. Là, j'ai fait vingt séances dans un quartier de femmes incarcérées. L'idée était de leur proposer de la Zumba pour leur changer les idées, pour leur faire faire du sport. Elles font du sport une fois par semaine et ce n'est pas énorme, sachant qu'elles ne sortent pas beaucoup dans la journée, elles sortent pour aller dans une cour, elles tournent en rond et elles font zéro sport. Elles mangent, elles restent dans leur cellule, elles font une sortie d'environ une heure, je crois et après, elles remontent en cellule. Donc en fait, elle ne font aucune activité physique et du coup, les gens qui s'occupent d'elles ont pris conscience de ça : une fois qu'elles rentrent, elles grossissent toutes et ils leur proposent le sport pour leur changer les idées, pour leur bien-être physique et pour faire en sorte que leur détention se passe mieux.

Comment t'es venue l'idée de faire ceci et comment les personnes gérant la prison se sont-elles tournées vers toi ?

Il y a deux ans, j'avais fait une candidature spontanée, j'avais envoyé un CV et une lettre de motivation à la prison. Je leur avais dit que je pensais que le sport était bien pour la réinsertion, pour faire du bien au moral des filles incarcérées. À cette époque-là, ils n'avaient pas du tout besoin de Zumba, ils ont déjà des profs de sport mais ils n'étaient pas intéressés par la Zumba ou alors ils n'avaient pas le budget. Et là, en début d'année 2016, ils voulaient faire de la Zumba, un truc dansé et à la mode qui correspondrait bien aux femmes. Ils ont été sur le site internet Zumba.com où tous les profs officiels de Zumba sont référencés. Ils ont contacté tout le monde, sur Caen, on est une cinquantaine et moi, j'ai été la seule à répondre. Quand j'ai reçu le mail, j'ai sauté sur l'occasion, j'étais trop contente et c'est parti comme ça. Ils m'ont rencontrée, je leur ai expliqué que j'avais postulé et je pense qu'ils ont vu que j'étais la candidate idéale, déjà parce que j'avais envie et que je me sentais prête à faire ça. J'étais trop heureuse qu'ils pensent que c'était quelque chose de cool.

 

J'avais envie d'un autre défi.

 

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Comment, un jour, tu t'es dit : « Tiens ! Ce serait bien de faire de la Zumba pour des femmes incarcérées ! » ? Comment ça t'es venu ?

J'ai plusieurs « endroits », j'ai la salle de fitness, j'ai l'école de danse et j'ai l'association. Trois publics différents et... Ce n'est pas que je m'ennuyais mais j'avais envie d'un autre défi parce que, à chaque fois qu'on change de public, on se remet en cause, on reprend toute la pédagogie de base. En Zumba, on ne parle pas, c'est pour ça qu'on met la musique fort, on se laisse entraîner par la musique. Mais du coup, on utilise les mains pour donner les directions, pour donner le nombre de répétitions, pour expliquer les mouvements. Et ça, quand on est dans le confort avec ses élèves que l'on voit toute la semaine, ce n'est pas qu'on l'oublie (le fait de se remettre en cause et la pédagogie de base, ndlr) mais on y fait moins attention. J'avais envie d'un nouveau défi, pour repartir sur ma pédagogie de base, pour avoir un public nouveau et donc difficile. J'avais travaillé en 2014 et 2015 avec des enfants handicapés, à l'I.M.E. de Falaise. C'était un premier challenge, je l'ai fait pendant un an et après, j'ai arrêté parce que je n'étais pas formée et surtout parce que, pour moi, c'était un public difficile parce que j'étais sensible et qu'à chaque fin de cours, j'étais bouleversée en rentrant chez moi. Il me fallait un autre défi et j'étais tombée sur un article dans la presse sur le sport comme réinsertion et je me suis dit que j'allais faire ça.

 

Avais tu de l'appréhension la première fois ?

Oui. Avec le recul je me dis que j'étais totalement inconsciente de postuler là-bas parce qu'ils ont des éducateurs sportifs mais qui ont des formations spéciales pour donner des cours de sport à des personnes incarcérées, donc tout ce qui est sécurité, comment se tenir, comment parler, quoi dire, quoi faire... et moi, j'y suis allée comme ça, comme si j'allais découvrir un nouveau public normal alors que ce n'est pas du tout un public normal. Ce sont des gens normaux mais dans un contexte qui n'est pas normal. Quand je suis arrivée là-bas, je me suis dit : « Bon, il vont me donner des consignes de sécurité, me dire quelle attitude ou même quelle tenue avoir. » Et en fait, on m'a juste dit : « Faites attention à vous. » et bim ! Le premier cours était parti. Après, j'étais en sécurité, il y avait maximum dix élèves, dix femmes, j'avais toujours le prof de sport avec moi, on était toujours enfermé, il y avait des barreaux aux fenêtres et dans le couloir, il y avait un surveillant. Donc c'est vrai que je ne risquais rien mais on ne sait pas ce qu'il peut passer dans la tête des filles, peut-être qu'avant, elles ont eu une mauvaise nouvelle, un parloir qui s'est mal passé ou alors le manque de la famille, le manque de l'extérieur. Et du coup, elles peuvent péter un plomb et ça, je n'étais pas préparée. J'ai eu de la chance, ça s'est toujours bien passé pendant mes vingt cours mais c'est vrai que ça aurait pu dégénérer, une bagarre entre elles, des insultes... on sentait que c'était très électrique, que ça pouvait partir d'un moment à l'autre. Mais j'allais là-bas pour elles, à chaque début de cours, je leur disais : « Moi, je suis là pour vous, il faut que ça se passe bien, que vous vous amusiez, que vous vous changiez les idées. » Et je pense qu'en ayant cette démarche, en leur montrant que je n'avais pas peur d'être là, on partait sur des bases positives.

 

Il y a huit portes fermées à clé à passer avant le cours.

 

Comment se déroule ton cours ?

C'est un cours d'une heure. Quand j'arrive à la prison, je dois faire comme tout le monde, je suis quelqu'un de l'extérieur, donc j'arrive, je me présente à l'entrée, il y a un contrôle d'identité. Après je passe sous tous les portiques, je dépose mon sac à main, je ne dois rien emmener avec moi. J'ai juste mon iPad, pour lequel on a demandé une autorisation pour ne pas qu'il y ait des connexions Bluetooth ou wi-fi, et une petite enceinte portable. Quand on rentre dans la prison, il y a plusieurs quartiers et en gros, au moment où je passe la première porte et le moment où j'arrive dans la salle, il y a huit portes fermées à clé et ça dure au moins un quart d'heure quand j'ai de la chance parce que si j'arrive en même temps que les familles au parloir, là, j'en ai pour une vingtaine de minutes d'attente. Une fois que j'arrive, les gardiennes vont chercher les filles, nouveaux contrôles et une fois que tout est bon, le cours est lancé. Un cours normal mais on est enfermé et personne n'a le droit de sortir.

 

Quel type de prisonnières côtoies-tu ? Qui as-tu rencontré ?

Moi, c'était uniquement pour les femmes, on m'a proposé pour les hommes, pour faire du yoga, j'ai dit non, je n'avais pas envie avec un public masculin. Une semaine sur deux, j'avais un public différent, une semaine c'était avec les femmes incarcérées, celles qui étaient jugées et qui étaient là pour une peine définie, et une autre semaine, celles qui étaient en attente de jugement. Entre elles deux, c'était toujours différent. Il y a un groupe où j'avais toujours le même noyau dur, celles qui étaient là pour une raison définie, par contre pour celles qui étaient en attente de jugement, ça changeait beaucoup. Quand je suis arrivée, on ne m'a pas dit qui avait fait quoi et d'ailleurs c'était une bonne idée parce que, au moins, je faisais mon cours et c'était le même pour tout le monde, j'étais cool et entraînante pour tout le monde parce que, même si on n'est pas là pour juger, si on sait qui a fait quoi, on reste humain et... par exemple s'il y en a une qui a fait un infanticide, je pense que sans le vouloir, j'aurais été différente avec elle. Donc je n'ai pas su officiellement, sauf que sur mes dix premières séances que j'avais commencées début janvier 2016, il y a une des élèves qui est sortie, elle avait terminé sa peine et elle est venue faire des cours dans mon centre de fitness. Et cette fille-là, je n'avais qu'une envie, c'était de lui parler et elle était trop contente de me voir. Je lui ai demandé comment ça se passait la vie là-bas, je voulais qu'elle me raconte l'envers du décor parce que je ne connaissais rien du tout d'elle, je ne pouvais qu'imaginer et... je suis un peu curieuse. Je voulais lui demander mais je ne voulais pas qu'elle me dise qui a fait quoi. Elle m'a dit que beaucoup de femmes étaient là-bas pour trafic de drogue, beaucoup pour alcool et violences et une qui avait fait un infanticide. Au niveau du public en lui-même, j'avais des très jeunes, j'avais des femmes de 18 ans et une autre qui n'avait pas loin de 60 ans.

 

Je vois à tes statuts Facebook que parfois, c'est très épanouissant et que d'autres fois, c'est un peu plus compliqué.

Sur mes vingt séances, aucune ne se ressemblait. J'essayais d'être toujours la même parce que dans le métier, même si ça ne va pas dans notre vie, qu'on est fatigué ou qu'on est malade, on doit faire un cours normal. Par contre, il m'est arrivé qu'il y ait une fille qui suivait super bien, qui était super motivée, qui voulait progresser, qui soupirait même quand les filles du fond faisaient du bruit, elle était à fond... mais une autre fois, elle est arrivée, elle était complètement ailleurs, en fait il s'était passé un truc dans son contexte familial. Elle l'avait appris et ça l'avait complètement perturbée. Quand j'arrivais, je ne savais pas à quoi m'attendre, une fille qui voulait bosser au cours précédent, je pouvais la retrouver complètement différente et pas du tout dans le coup. Il y avait des séances où j'étais contente d'être là et d'autres où c'était difficile, à l'approche de Noël par exemple où toutes les filles avaient le moral à zéro, avec la famille qui manquait. Là, il fallait que je les porte beaucoup plus, que je me donne plus, des fois ça marchait, d'autres, non.

 

Est-ce épanouissant et imagines-tu poursuivre l'expérience ?

En fait, ce sont des sessions de dix séances, là, il m'ont déjà appelée deux fois et ça dépend du budget qu'il leur reste à la fin de l'année. Je pense qu'ils ont prévu de me rappeler.

 

Et s'ils te rappellent, tu diras oui ?

Oui.

 

Donc ça te plaît. Est-ce enrichissant et est-ce que ça te rend fière ?

C'est un défi personnel et professionnel. En fait, je me suis fait avoir moi-même, je l'ai fait pour le côté pro, pour ma pédagogie, pour aller vers un autre public, pour progresser et au final, en plus de ça, j'ai trouvé de la progression 'personnelle'. Humainement ,ça m'a enrichie, ça m'a ouvert les yeux sur plein de choses et du coup, quand je revenais dans la vie de tous les jours, il y avait des choses qui étaient beaucoup moins importantes, ça nous aide à relativiser et qu'au boulot, on a de la chance d'avoir des élèves super cool, qui viennent parce qu'ils ont envie d'être là et de s'amuser. Donc oui, ça enrichit. Fière... je ne sais pas parce que je ne suis pas trop comme ça et je ne l'ai pas fait pour ça. Je dirais même plutôt que je suis égoïste et que je l'ai fait pour moi, pour progresser professionnellement. Sauf que je pense que j'ai apporté un petit peu de bonheur aux filles. Si c'était à refaire, je le referais parce que ça enrichit tout le monde, ça apporte du bonheur à tout le monde et même s'il y a des séances qui sont difficiles, ça re-booste et sur les séances dures, je fais mon auto-critique. Parfois, on ne peut rien faire, si les élèves ne sont pas disposées à prendre ce qu'on leur donne, c'est comme ça. Mais je suis contente d'avoir fait ça, de m'être lancée et je suis surtout contente quand les gens m'en parlent. Il y a deux semaines, je suis allée à Poitiers pour faire un événement qui proposait 24 heures de Zumba et je ne sais pas combien de personnes m'ont arrêtée dans les couloirs pour me dire : « Ah c'est toi Marion qui a fait la Zumba en prison ? » Et là, j'étais fière.

 

J'ai conscience que ça ne plaira pas à tout le monde. Mais si elles peuvent faire du sport plutôt que du trafic d'héroïne, je préfère.

 

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Certains ne réagissent-ils pas mal à ton activité ? « Pourquoi aller donner de bons moments à des personnes qui n'en méritent pas forcément ? » Est-ce que certains te disent ça ?

Alors... en gros, je n'ai eu que des retours positifs, sur Facebook, dans mes cours, à l'extérieur. Je pense que les gens qui n'étaient pas d'accord avec mon intervention n'ont rien dit, soit parce que c'étaient des gens proches qui ne voulaient pas me blesser parce qu'ils voyaient que ce projet me faisait plaisir, soit parce que je n'ai pas proposé mon projet à une large ouverture, c'était uniquement sur mon Facebook ou dans mon champ de vie, et c'est vrai que, il y a un écrivain que je connais, de Paris, qui a lu mes écrits sur Facebook. Il me disait que c'était bien écrit, que c'était intéressant parce qu'il y avait plein de détails et du coup, qu'on avait l'impression d'y être avec moi, et il m'a dit : « Publie-le ! » Mais en le publiant, j'ai conscience que ça ne plaira pas à tout le monde, qu'il y aura forcément des retours négatifs et moi, je n'ai pas forcément envie de ça parce que je n'ai pas fait ce défi pour m'en prendre plein la tête et accepter les critiques négatives, voire méchantes, de certaines personnes. Je n'ai eu que des retours positifs, mais... avec ma famille, je n'en ai pas trop parlé.

 

Pourquoi ?

Mes parents n'étaient pas forcément rassurés, ils n'étaient pas forcément d'accord et il y a des amis proches, quelques -uns qui m'ont dit que c'était bien mais qu'ils ne cautionnaient pas parce que déjà j'étais payée... par les impôts. J'étais payée par les impôts des Français pour faire plaisir à des femmes qui étaient censées être punies. Sauf que moi, je ne l'ai pas vu comme ça. Pourquoi j'ai accepté ce challenge, autre que pour moi, c'est parce que je suis persuadée que le sport fait du bien au corps, fait du bien à la tête mais aussi, pour l'infime partie de ces femmes qui sortiront, ça peut être un tremplin. Il y en a qui n'avaient jamais fait de sport, elles ont découvert la Zumba et elles se sont dit que c'était trop génial, du coup elles ont pris goût au sport. Quand on sort, et qu'on n'a rien, si on peut se raccrocher au sport, c'est top ! On vient en salle de fitness et les gens ne sont pas au courant qu'on sort de la prison, ils vont nous prendre comme quelqu'un de normal et ça va nous aider à créer du lien, à rencontrer des gens, à rencontrer quelqu'un pour un boulot et moi, c'est plutôt comme ça que je vois mon expérience. Oui, j'ai amusé des filles qui ne le méritaient peut-être pas et pris l'argent des citoyens pour faire ça, sauf que je sais qu'il y a une femme, incarcérée pour trafic d'héroïne, qui est sortie et qui n'avait plus rien, la majorité de sa famille et de ses amis lui ont tourné le dos, elle était infirmière et une fois que l'on passe par la prison, on n'a plus le droit d'exercer dans les métiers médicaux. Elle est venue au sport pendant un mois, elle n'avait pas d'argent donc elle ne pouvait pas s'acheter un abonnement mais elle m'a dit qu'elle allait revenir, et pendant un mois elle a vu des gens qui ne l'ont pas jugée parce qu'ils ne savaient pas qui elle était. J'ai essayé de lui trouver du travail même si c'était compliqué mais elle avait quelque chose à quoi se raccrocher : le sport. C'est pour ça que je l'ai fait.

 

Je prends l'exemple d'un sportif, Mike Tyson, qui a fait de la prison et qui s'est raccroché à la boxe pour s'en sortir. C'est ce que tu expliques, le sport est une façon de se raccrocher à quelque chose après la prison. Tyson c'était la boxe, tu auras peut-être des championnes de Zumba.

(rires) Zumba ou autre mais si ça peut leur donner envie de faire du sport, n'importe quel sport. Il faut être sportif pour connaître les effets du sport mais le sport, c'est la vie et si ça peut les aider, leur donner envie de faire du sport, eh bien moi, j'ai tout gagné. Si elles peuvent faire du sport plutôt que d'aller faire du trafic d'héroïne, je préfère (rires).

 

Prochain projet : Zumba pour personnes en fauteuil roulant.

 

Tu bosses au Pep's Center actuellement, as-tu d'autres projets ?

Oui, j'ai un autre projet, comme la Zumba, ça marche très bien et que nous, à Caen, on est un peu en retard par rapport aux autres, j'ai une copine de Paris qui est prof de Zumba et qui donne des cours à des personnes en fauteuil roulant. Ça peut paraître bête comme ça, on se dit « Un cours de Zumba ? Les gens, ils ne peuvent pas danser. » Oui, ils ne peuvent pas danser mais ils ont le haut du corps qui est mobile, ce haut du corps doit être dynamique, musclé, tonique pour pouvoir faire tourner les roues par exemple. Et du coup, prochain projet : Zumba pour personnes en fauteuil roulant.

 

Tu as une âme de bonne samaritaine ?

(rires) Non.

 

Si !

Non ! (rires) J'aime juste les nouveaux défis et je me dis, les gens qui sont en fauteil, on leur propose toujours le même style de sport...

 

La course, le basket...

Oui et peut-être que tout le monde n'aime pas faire ça, le basket, le badminton...

 

… tout le monde aime le basket ! (interview effectuée par le rédacteur basket-ball de SportaCaen.fr, ndlr)

 

Moi, je suis nulle au basket (rires). Mais la Zumba, c'est un sport dansé et tant pis s'il n'y a que le haut du corps. En plus, c'est à la mode et eux sont privés de cette mode-là. Et ma copine qui fait ça sur Paris, elle a une cinquantaine d'élèves dans ses cours. C'est une fois par moi, donc ce n'est pas énorme mais moi, si je peux faire ça toutes les semaines, je le ferai parce que c'est un nouveau défi, il faut créer de nouvelles chorégraphies, il faut se mettre à la place des gens mais si je peux amener la Zumba à ce public-là et ce public-là à la Zumba, avec grand plaisir.

 

Au delà de trouver de nouveaux défis, on voit que ce que tu aimes bien, comme tu souris tout le temps, c'est aussi de faire sourire les gens ?

La Zumba c'est ça, c'est amuser les gens, leur changer les idées et je considère mon métier comme un métier-passion. Quand je vais en cours, je n'ai pas forcément l'impression de travailler. Les seuls moments où j'ai l'impression de travailler, c'est quand ça ne va pas dans ma vie, que je suis fatiguée ou quand je suis blessée. Sinon, je n'ai pas l'impression de travailler, même si c'est un vrai travail parce que c'est un métier épuisant, j'ai 18 heures de cours donc oui, je ne travaille pas beaucoup, les gens rigolent quand je leur dis que je travaille 18 heures par semaine. Mais ce sont 18 heures où je saute sur le podium, où je motive les gens, où j'essaye de faire rire la personne qui a passé une mauvaise journée. Donc c'est un métier génial, éprouvant mais c'est un métier où les gens nous donnent beaucoup.

Où peut-on te retrouver si on souhaite faire de la Zumba ? Sans vendre de l'héroïne pour aller prison et du coup te retrouver là-bas ?

(rires) Alors je suis chez Pep's Center à Hérouville, je suis à l'école de danse Sophie Berra et aussi à Émiéville, même si pour l'instant, c'est complet à Émiéville... et plus d'infos et de nouveautés en septembre 2017.

 

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