À la découverte de la voltige équestre

15 février 2017 Ecrit par  Léa Quinio

Ce n'est pas la plus connue des disciplines équestres, mais c'est pourtant loin d'être la moins spectaculaire ! La voltige, qui allie la danse, la gymnastique et l'équitation, peut rassembler jusqu'à trois voltigeurs évoluant sur un cheval au galop. À Hérouville, les écuries du Petit Dan sont réputées pour la qualité de leur formation. Nicolas Andréani, ancien champion du monde de voltige, y était présent le week-end dernier.

 

Nous en avons profité pour nous rendre sur place et vous proposer ce reportage. Une première phase sera consacrée à expliquer en quoi consiste la voltige équestre. Ensuite, un focus sera dédié aux Écuries du Petit Dan. Et pour finir, nous vous proposerons de rencontrer Nicolas Andréani, personnage emblématique du monde de la voltige !

 

La voltige, qu'est-ce que c'est ?

 

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La voltige est un sport équestre pluridisciplinaire qui réunit danse, gym et équitation dans un même sport. Elle demande certaines aptitudes telles que la souplesse, le gainage et de l'explosivité, qui s'acquièrent avec de l'entraînement et de l'expérience.

 

Cette discipline sportive représente environ trois-quarts du travail au sol et un quart sur le cheval. Ce travail au sol en amont permet d'être précis et devient un gain de temps : il y a du travail de préparation physique, du travail de préparation spécifique sur les figures que l'on va exécuter ensuite sur le cheval, et du travail autonome. Et seulement après, vient le travail à cheval, où un longeur guide l'animal en se positionnant au centre du cercle qu'il effectue.

 

Le tonneau : un outil incontournable

 

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Pour l'apprentissage, le tonneau est un outil indispensable. C'est sur cet engin que les voltigeurs créent leurs programmes. « Le travail que l'on peut effectuer sur un tonneau est incroyable : c'est un accélérateur de performance », souligne Nicolas Andréani, champion du monde de voltige en 2012. Grâce au tonneau, nous pouvons voir les soucis d'équilibre que le voltigeur aura à cheval, et il permet de très vite progresser. À défaut de reproduire les mêmes sensations que sur un cheval, il permet de se rapprocher au plus près de la réalité en mettant en jeu les soucis d'équilibre, des forces centrifuges, etc.

 

Ce sport permet également de développer de la créativité, notamment lors des programmes libres. Il faut aussi être un peu acrobate et avoir un certain toucher de cheval. Lors des concours, il y a donc un programme imposé, c'est-à-dire que les voltigeurs exécutent chacun leur tour des figures imposées, dans le même ordre. Mais il existe également un programme libre. Dans ce cas, chaque voltigeur ou chaque équipe dispose d'une totale liberté dans la réalisation des acrobaties sur le cheval. Cette partie du concours fait donc appel à de l'imagination, et de l'originalité.

 

Un sport mixte

 

Ce sport réunit aussi bien des hommes que des femmes, tout âge confondu. Les enfants peuvent commencer dès l'âge de quatre ans, en cours d'initiation. Lorsque les voltigeurs concourent en équipe, il peut y avoir aussi bien des garçons que des filles au sein de la même équipe. De la même manière, il n'y a pas de limite d'âge dans une même équipe.

 

Les différents niveaux

 

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Il existe deux catégories de niveaux, qui sont elles deux subdivisées en quatre. Le premier niveau est appelé « niveau club ». Il est ensuite découpé en niveau « club 3 », « club 2 », « club 1 », « club élite ». Au niveau « club 3 », le voltigeur effectue le programme de figures imposées et libres essentiellement au pas et très peu au galop. Au niveau « club 2 », il y a un peu plus de galop, et il peut y avoir un, deux ou trois voltigeurs en même temps sur le cheval. Au niveau « club 1 », tout le programme se fait au galop. Le niveau « club élite » est sensiblement identique au précédent mais avec plus d'exigence.

 

Le second est le niveau « amateur ». Il s'effectue en musique et en costume. Il concerne les voltigeurs de haut niveau. Cette catégorie est elle aussi divisée en « amateur 3 », « amateur 2 », « amateur 1 » et « Élite ». Ces niveaux requièrent plus de maîtrise technique, artistique et une mise en place de figures plus sophistiquées. Elles s'effectuent toujours au galop.

 

Lors d'un concours, en épreuve individuelle, les niveaux « clubs » sont mixtes, c'est-à-dire que quelque soit le sexe du voltigeur, ils feront partie du même concours et seront notés de la même manière. En « amateur », le concours individuel est séparé : les femmes sont jugées entre elles. Idem pour les hommes.

 

Équipe, pas de 2, ou individuel

 

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Cette discipline peut se pratiquer de trois manières différentes, avec une limite de temps propre à chacun en concours :

  • En équipe, 4 minutes maximum :

    • de 4 à 6 voltigeurs au niveau « club »

    • 6 voltigeurs obligatoires au niveau « amateur »

  • En pas de 2 (équipes de deux), 2 minutes maximum

  • En individuel, 1 minute maximum

 

Au-delà du temps limite pour chaque épreuve, chaque acrobatie réalisée ne compte pas. En niveau « amateur », lorsque le temps limite est dépassé, une cloche retentit. Si le voltigeur n'est pas descendu de son cheval avant la cloche, il est sanctionné de points de pénalités.

 

Les écuries du Petit Dan

 

Ce club hippique à proximité de Caen propose des cours d'attelage, des leçons de poney, des promenades, de l'obstacle, du dressage, et surtout de la voltige.

 

Cécile Kersulec, coach des équipes de voltige, et Yannick Kersulec, directeur du club et longeur en compétition de voltige de haut niveau, gèrent la structure. Depuis 1996, ce club hippique a toujours gagné au moins une médaille chaque année, et se qualifie pour les championnats de France chaque année également. Certains de ses voltigeurs participent à des compétitions internationales.

 

Au sein de ce club, il y a environ 45 licenciés en voltige équestre, soit quinze de plus que l'année dernière, qui évoluent à la fois au niveau « club » et au niveau « amateur ». Cécile propose les figures à effectuer dans le programme libre, tout en laissant les voltigeurs proposer leurs idées.

 

De 8 à 28 ans

 

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Les voltigeurs de ce club hippique sont âgés de 8 ans pour le plus jeune (Adrien) à 28 ans pour la plus âgée (Morgane). Selon Cécile Kersulec, l'avantage de la voltige par rapport à l'équitation traditionnelle est qu'elle apparaît « être une discipline plus rassurante » pour les voltigeurs car un longeur assure le contrôle et la direction du cheval. Le voltigeur n'a donc pas peur de se faire embarquer et a confiance en son cheval. Yuna, 11 ans, a commencé la voltige à l'âge de 3 ans. Elle témoigne : « On t'apprend à te sentir grand. Il faut ne faire qu'un avec ton cheval : je me sens libre de mes mouvements en voltige. Je n'ai pas peur car on nous apprend également à tomber sans se faire mal. »

 

De plus, l'avantage se trouve aussi dans le fait qu'en seulement une dizaine de séances, un débutant arrive à se débrouiller facilement et a des chances de réussir. Morgane, 28 ans, témoigne : « Je pratique la voltige depuis seulement un an et demi, au niveau « club 1 ». Je suis psychomotricienne avec les personnes handicapés et on dispose d'un centre équestre. Là-bas, on propose aux résidents de faire des exercices de voltige en initiation. J'ai trouvé ça intéressant et je me suis lancée. »

 

Enfin, comme la voltige peut se pratiquer en équipe, la notion de groupe paraît primordiale, à l'écoute de Perrine (18 ans) et Julien (23 ans), pratiquant en équipe au niveau « amateur ». « Ce que je préfère en voltige, c'est le sport d'équipe. La notion de communication et le rapport qui s'effectue entre nous sont importants », souligne Perrine. Julien confie : « ce que je préfère c'est l'ambiance, l'esprit d'équipe, et pouvoir faire équipe en mixte. Avec les filles, on se complète. »

 

Ce week-end (samedi 11 et 12 février), un stage était organisé au sein des écuries du Petit Dan par Cécile et Yannick Kersulec. Un invité de taille était au rendez-vous : Nicolas Andréani, champion du monde de voltige équestre en 2012. D'après Cécile, « la venue de Nicolas permet aux jeunes voltigeurs du club d'être motivés, d'amener du contenu technique leur permettant de progresser. C'est d'autant plus sympa et agréable d'être coacher par un champion du monde ! »

 

 

Nicolas Andréani : « La voltige c'est plus qu'un sport »

 

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Coach pendant ces deux jours de stage au sein des Ecuries du Petit Dan, Nicolas Andréani, figure de renommée mondiale de la voltige équestre, nous a accordé quelques minutes pour répondre à nos questions.

 

Pouvez-vous revenir sur votre carrière de voltigeur ?

J'ai commencé la voltige à 6 ans, par hasard. Ma maman était professeur de musique. Elle donnait des cours de piano à des enfants qui pratiquaient la voltige. Mes parents cherchaient à me faire faire autre chose que la gymnastique. Quand je suis arrivé à la voltige, j'avais certaines aptitudes de plus que les autres notamment le gainage. Au début, j'étais le flyer, c'est celui que l'on porte.

 

Le côté artistique en musique m'a beaucoup plu. J'ai fait mes premiers championnats d'Europe à 11ans avec le club de Meaux (Seine et Marne) parce que mon équipe s'était qualifiée et comme j'étais le plus jeune, j'ai profité du voyage. J'ai toujours été licencié au club hippique de Meaux avec la même longeuse de mes 6 ans à la fin de ma carrière.

 

A la suite de ces championnats, l'entraîneur national m'a détecté et m'a dit « Quand tu auras l'âge de rentrer au lycée, je te prendrai au Pôle France. ». Je suis donc rentré au Pôle France à 17 ans, à l'INSEP. J'étais dans une structure dédiée vraiment à la performance. J'avais 4h de sport par jour du lundi au vendredi : 2 heures le matin et 2 heures l'après-midi avec des entraîneurs de qualité. J'avais seulement 2 entraînements sur 10 consacrés à la voltige.

 

Je m'entraînais sur les chevaux du Pôle France la semaine et le week-end je rentrais à Meaux, dans ma structure pour m'entraîner. Et puis quand j'étais sportif de haut niveau, j'avais un métier à côté : j'étais préparateur physique dans une salle de sport. Je donnais aussi du coaching particulier à côté.Le reste, c'était de la préparation physique, de la danse et de la muscu. Mon objectif était d'être Champion du Monde. C'est ce que j'ai réussi à faire à 28 ans en 2012.

 

Lors des Jeux Équestres Mondiaux en 2014 à Caen, j'ai obtenu une deuxième place dont j'étais super content. Ensuite, j'ai continué la saison hivernale, gagné la Coupe du Monde et j'ai arrêté en mars 2015 pour me consacrer uniquement au coaching. Les demandes fusaient de plus en plus et j'avais de moins en moins de temps pour m'entraîner. Il fallait que je fasse un choix : carrière professionnelle ou prouesse sur les pistes ? J'ai opté pour le premier choix.

 

De retour d'Australie avant un départ en Californie dans un mois, vous êtes de passage à Caen. Qu'est-ce que cela représente pour vous ?

Revenir sur Caen a une saveur particulière pour moi car c'est ici que j'ai fait ma dernière médaille aux JEM 2014. Mais ce qui me plaît surtout c'est qu'ici c'est une des trois meilleures écoles de voltige française et il y a un super vivier de voltigeurs. Yannick et Cécile travaillent dans le bon sens avec les chevaux et les enfants. Cela me paraît primordial, moi qui suis entraîneur itinérant, d'essayer de développer la voltige partout en France. Si je peux donner un coup de pouce niveau motivation ou au niveau technique je réponds présent et je prend du plaisir à coacher ces voltigeurs français. J'espère d'ailleurs qu'ils deviendront champions un jour !

 

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Un mot à faire passer pour les amateurs de voltige ?

La voltige c'est plus qu'un sport. C'est une famille. C'est un des seuls sports au monde où tu peux faire partie d'une équipe mixte. Les équipes sont aussi mixtes en âge. On a besoin de petits pour que les grands puissent les porter par exemple. C'est un sport multigénérationnel, multisexes. Ton équipe devient une famille et des amis de vie. C'est le sport pour tous par excellence. Tout le monde a sa place dans une équipe.

 

La voltige est le premier sport équestre inventé au monde. Et en Allemagne ils ont tout compris, car avant de pratiquer tout sport équestre, vous êtes obligé de faire 10 heures de séance de voltige, pour comprendre la locomotion du cheval.

 

Quel est votre plus beau souvenir ?

J'en ai deux : Le premier c'est quand j'ai fait mes premier championnats d'Europe à 11 ans. On a fait une figure sur la piste qui n'était pas prévue, qui s'appelle un double debout. Je me suis mis débout sur les épaules de mon porteur. On ne devait pas lâcher les mains et 5min avant il m'a dit « On lâchera les mains », et je n'ai pas bronché car j'étais le petit. Du haut de mes 11 ans j'ai vu des flashs partout. C'est un souvenir incroyable!

 

Et le deuxième, c'est aux JEM 2014 à Caen, lors l'entrée dans l'enceinte du Zénith. On avait la lumière sur nous dans le cercle et tout le public était dans le noir. On se serait cru sur scène ! C'était génial !

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