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La commotion cérébrale, l’épée de Damoclès au-dessus des joueurs

17 mai 2016 Ecrit par  Dr Franck Poisson

Si vous êtes des adepte des salles obscures et comme moi de médecine, alors vous ne serez pas déçu par ce film sorti en mars dernier, « Seul Contre Tous », avec dans le rôle principal l’acteur Will Smith, encore une fois excellent. Le film raconte comment un médecin pathologiste à découvert le syndrome ETC chez les footballeurs de la ligue de NHL, et comment cette Ligue a tenté d’étouffer sa découverte pour préserver ses intérêts financiers.

 

Cet article s'inscrit dans le cadre des chroniques médicales du docteur Franck Poisson, médecin du sport à Caen. Il suit notamment les basketteuses de Mondeville, les hockeyeurs du HC Caen et désormais l'équipe de France féminine de basket.

 

Dans une scène du film, Le médecin prend pour exemple les chocs encaissés par des animaux comme le pivert, et explique que tous ces animaux ont un corps qui est naturellement conçu pour amortir ces chocs. Ils ont un système anatomique qui agit comme une ceinture de sécurité pour leur cerveau. L’être humain lui n’a aucune partie de son anatomie qui protège son cerveau de ce type de collision. Un être humain subira une commotion cérébrale à 60G. Au football américain, une collision normale entre deux joueurs, on atteint facilement 100G, Dieu ne voulait pas que nous jouions au Football. Un joueur de football va encaisser pendant sa carrière plus de 70000 chocs. Tous ces chocs vont entraîner des années plus tard l’apparition de l’Encéphalopathie Traumatique Chronique (ETC).

 

Mais les traumatismes cérébraux ne sont pas l’apanage des joueurs de la NFL. On peut reporter le cas de Todd EWEN, joueur de Hockey sur Glace de la NHL, célèbre pour ses bagarres sur le glaçon, mort en septembre 2015 à 49 ans, et dont le cerveau montrait des signes pouvant faire évoquer l’ETC.

 

En 2015, La Fédération anglaise de rugby a annoncé que la commotion cérébrale était, pour la troisième année consécutive, la blessure la plus fréquente en match (12,5% du total des blessures). Un constat plus inquiétant a également été dressé : les traumatismes crâniens auraient, selon une étude, augmenté de 59% entre les saisons 2012-2013 et 2013-2014. Alors que 54 cas avaient été recensés il y a deux ans, le chiffre a grimpé de façon impressionnante l'année passée (86, matches et entraînements compris). La Ligue Nationale Française de Rugby a elle aussi récemment tiré la sonnette d’alarme.

 

On retrouve aussi des cas de commotions au Football, dans des chocs tête contre tête et lors de réceptions mal anticipées de ballons sur le crâne. Il y aurait un danger à partir de 436 têtes par an selon le Dr Lienard de la Fédération Française de Football.

 

Une commotion cérébrale, c’est quoi ?

Imaginez que votre cerveau est un œuf dur qui baigne dans de l’eau, dans un bocal fermé. Secouez le flacon et observez le résultat….

La commotion s’apparente à une secousse violente sur la tête ou à des secousses minimes et répétées, le plus souvent sans perte de connaissance.

 

Quels en sont les symptômes ?

Il existe des signes évidents que sont la perte de connaissance, la crise d’épilepsie (convulsions), la crise tonique posturale (raideur). Il existe d’autres signes moins évidents pouvant survenir isolement ou en association : troubles du comportement, troubles de la mémoire (amnésie des faits), troubles de l’équilibre, troubles de la vue, le joueur se sent dans le brouillard, le joueur est obnubilé.

 

Le joueur peut aussi seulement ressentir une fatigue inhabituelle, des nausées, des vertiges et des maux de tête, une hypersensibilité au bruit et à la lumière.

 

La commotion diminue les performances du joueur pendant au moins quelques heures, augmentant le risque de nouvelles blessures. Elle a un effet cumulatif sur le dysfonctionnement cérébral si elle se répète dans les premières 48 heures au moins, avec potentiellement des conséquences graves, voire vitales, chez l’enfant et l’adolescent (le syndrome du deuxième impact). Les commotions cérébrales sont susceptibles, comme je vous le disais plus haut, d’augmenter le risque à long terme de survenue de maladies neurodégénératives.

 

Il ne faut pas négliger aussi le fait que derrière une commotion cérébrale se cache un traumatisme cervical en puissance, qui nécessite une prise en charge du rachis sur le terrain par le médecin et faisant parfois passer rapidement des examens complémentaires. Ne mobilisez pas négligemment un traumatisé.

 

Quelle est l’attitude à adopter sur le terrain ?

Toute suspicion de commotion cérébrale impose de sortir immédiatement le joueur.

 

Là-dessus, les différentes instances du sport ne sont pas toutes très claires : la Ligue nationale de Rugby considère selon son protocole de 2011, que le joueur doit être sorti définitivement si le diagnostic de commotion est retenu ou si le joueur reste plus de cinq minutes hors du terrain. La Ligue de Football recommande elle de sortir le joueur trois minutes pour subir un rapide bilan médical, et laisse au choix de médecin de le remettre ou non sur le terrain, sur des critères très subjectifs. (La FIFA n’a statué seulement que depuis Février 2015). En NHL ou en NFL, les Ligues tiennent depuis de nombreuses années maintenant un registre des commotions et de leur conséquences, preuve de leur avance et de leur prise de conscience dans ce domaine.

 

Je pense humblement que le protocole de la Ligue Nationale de Rugby est le plus pertinent :

  1. En cas de suspicion de commotion, le joueur sort temporairement du terrain pendant cinq minutes.

  2. Il est conduit par un médecin dans un endroit calme pour être examiné (pas d’examen sur le bord de la touche ou le banc, mais dans une infirmerie ou un vestiaire calme)

  3. Le médecin évalue son état : il pose des questions au joueurs. C’est le Score de Maddocks (5 questions).

  • Sur quel stade sommes-nous ?

  • Dans quelle mi-temps sommes-nous ?

  • Quelle équipe a marqué le dernier but ?

  • Contre quelle équipe as-tu joué la dernière fois ?

  • Ton équipe a-t-elle gagné le match précédent ?

 

Puis il effectuera un test d’équilibre, dit test du Tandem : le joueur se tient debout, avec ses chaussures au pied. Les mains sur le hanches. Les pieds sont alignés pointe contre talon. Il faut garder l’équilibre pendant 20 secondes les yeux fermés. Si le joueur fait plus de 5 erreurs d’équilibre, cela peut être le signe d’une commotion.

 

Enfin, si le médecin connaît bien son joueur, il peut lui poser d’autres questions plus personnelles, sur son entourage, son emploi du temps…

 

Comment doit se passer le retour au jeu ?

Le seul traitement est le repos.

Évitez de prendre des traitements qui pourrait masquer les symptômes.

Ne courez pas forcément chez le radiologue pour une radiographie du crâne ou un scanner cérébral, ils ne sont que très rarement utiles. Seul le médecin en décidera.

 

Deux cas de figure peuvent se présenter : soit le joueur ne fait pas de fautes à l’examen et il retourne sur le terrain, soit il a des signes de commotion et il ne doit pas revenir au jeu.

Dans ce dernier cas, le joueur doit rester au repos 48 heures minimum, incompressibles, avec un repos physique et nerveux (éviter tout travail intellectuel et jeux vidéo), et ensuite être revu par un médecin pour un bilan neurologique complet (voire uniquement par un neurologue selon certaines fédérations). Le joueur ne doit pas être laissé sans surveillance pendant ces 48 premières heures. Il ne faut pas par exemple lui laisser reprendre sa voiture ou rentrer seul.

 

La reprise ne devra se faire qu’après disparition de tous les symptômes post-commotion et la récupération complète des facultés cognitives du joueur.

 

Cette reprise devra se faire par paliers successifs de 24h voire 48h selon le LNR, en s’assurant qu’à chaque palier, les symptômes ne réapparaissent pas.

  • Palier 1 : Repos physique et intellectuel complet

  • Palier 2 : travail aérobie doux (vélo, piscine, marche)

  • Palier 3 : entraînement physique sur les trois filières

  • Palier 4 : entraînement sur le terrain sans contact. Nouvelle consultation du médecin à cette étape.

  • Palier 5 : entraînement avec contact

  • Palier 6 : retour à la compétition, soit au minimum sept jours d’arrêt de compétition.

 

La LNR propose aussi des délais de repos en fonction des grades (grade de CANTU) de commotion après le bilan des 48 heures :

  • Grade 1 : pas de perte de connaissance ou symptômes de moins de 30 minutes : pas de délai particulier.

  • Grade 2 : perte de connaissance de moins de 1 minute, amnésie ou symptômes de plus de 30 minutes mais moins de 24h) : délai de 1 semaine et nouvelle consultation.

  • Grade 3 : idem mais avec des symptômes présents encore à 7 jours : 2 semaines d’arrêt et consultation à 2 semaines

 

A partir de la troisième commotion en un an, un délai de trois mois de repos est préconisé et la reprise ne se fera qu’après expertise.

 

En conclusion, la commotion cérébrale n’est pas à négliger. Elle est pourtant trop souvent minimisée par le joueur ou ses parents, voire par le staff. Ces conséquences peuvent être graves. Il faut tout mettre en jeu pour diminuer le risque : Portez un casque bien ajusté (il prévient 85% des traumatismes), faites porter au joueur un protège-dent pour les dents du haut (il diminue l’onde de choc à l’impact), apprenez au joueur les bons gestes (frapper correctement un ballon avec la tête, faire un tacle au football, ou au rugby, renforcer les protections du joueur et prévenir les chocs par une bonne coordination musculaire, surveiller vos enfants sur le terrain.

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