Dorian Louvet, l'équilibriste qui n'en finit pas de surprendre

26 juillet 2017 Ecrit par 

Dorian Louvet a pris la septième place des championnats de France Élite du 3000 mètres steeple il y a dix jours. Qualifié une semaine plus tôt lors des championnats de France N2, le sociétaire de l’EA Mondeville-Hérouville a créé la surprise à Marseille. Actuellement au Pérou, il peut savourer en vacances  sa fin de saison exceptionnelle.

 

Le sport n’est pas une science exacte, et l’athlétisme en est parfois sa meilleure illustration. Dorian Louvet le sait tellement bien, lui l’ancien footeux reconverti sur le tard, qu’il avait senti le coup venir il y a deux mois de cela. « Je sors d’un hiver super compliqué, le pire des cinq dernières années, mais j’espère quand même battre mes records, nous disait-il alors. La suite logique serait que j’aille aux Élite. » L’Hérouvillais a poussé la logique jusqu’au bout en cumulant record personnel et qualification aux championnats de France Élite sur le gong, à savoir lors des championnats de France de Nationale 2. Le tenant du titre a dû se contenter de la quatrième place à Albi, mais ses 8’57"16 lui ont ouvert les portes de l’élite française. « Mon bilan n’était pas terrible durant l’été. J’étais pas mal aux entraînements, mais je n’arrivais pas à faire les chronos espérés. Je suis arrivé à Albi avec l’objectif de tout jouer sur cette course. En une course, ma saison était réussie. » Le soulagement était à la hauteur de la frustration cumulée les semaines précédentes. Dorian Louvet n’allait pourtant pas s’en contenter. La suite, c’est lui qui la conte. « J'arrive donc une semaine après à Marseille avec le treizième chrono d'engagement, rien à perdre et l'objectif de mettre un maximum de mecs derrière moi. Au final, je prends la septième place, qui me permet d’être finaliste. Ça dérape ! » La glorieuse incertitude du sport, vous vous souvenez ?

 

Pour Dorian Louvet, le scénario estival a aussi le goût d’une récompense méritée. Aussi inexact qu’il soit, le sport de haut niveau – celui auquel un septième de championnat de France Élite peut prétendre faire partie – ne sourit qu’à ceux qui s’en donnent les moyens. Et pour le coureur de 28 ans, « bon vivant » toujours partant pour un apéritif ou un match de foot, ce lieu commun de la réussite n’a rien d’anodin. « Pour certains, les sacrifices que notre sport demande sont faciles à faire. Pour moi, c’est énorme. L’hiver, quand tu dois aller courir tout seul sous la pluie, que tu te lèves pour ça, c’est dur mentalement. Il y en a qui aiment courir, moi je cours pour être compétitif. Quand je coupe l’été, à aucun moment je ne pense à aller courir. J’ai besoin de faire du sport, mais autrement. » Ce qui anime Dorian Louvet, ce n’est pas le plaisir immédiat mais l’envie. Celle de faire tomber ses barrières personnelles en franchissant celles du 3000 mètres steeple. « Je suis trop compétiteur. Ce qui me tient en haleine, c’est le fait d’être compétitif. Le jour où je ne le serai plus, je m’investirai moins. » Tout le contraire, en somme, de ces dernières années. Dorian Louvet s’entraîne six à huit fois par semaine sur les plans d’Adrien Taouji, également coach de Maëva Danois. Musculation, footing long, côtes, piste : tout y passe. N’allez pas croire pour autant que l’ancien champion de France N2 consacre sa vie au steeple. Pour lui, tout est question d’équilibre.

 

louvet

 

Un homme de championnats

 

Dans la vie civile, Dorian Louvet est contrôleur à la SNCF. Quand il part en stage, comme l’hiver dernier à Monaco, c’est sur ses jours de congés. Le jeune homme serait pourtant bien le dernier à s’en plaindre. « Si je le fais, c’est par plaisir. Je pars avec mes potes, c’est athlé et vacances. » Le reste du temps, Dorian Louvet concilie sport et travail de bon cœur. Sans oublier de vivre à côté. « J’ai trouvé mon équilibre entre les entraînements et ma vie sociale. J’ai besoin de cette vie sociale, sinon je tiens quelques semaines puis je sens qu’il faut que je me libère. Je fais des concessions mais je ne suis pas prêt à en faire plus. Je ne pourrais pas avoir le rythme de vie d’un athlète professionnel. Mais c’est un engrenage, plus t’es fort et plus tu as envie de t’entraîner pour être encore plus fort… » Dorian Louvet, lui, a commencé par deux entraînements hebdomadaires, « quand il ne pleuvait pas ». C’était alors un honnête coureur régional de 800 mètres, sa première distance (2’02). Le cap du 3000 steeple et du passage au niveau national, Dorian Louvet l’a passé au contact d’Adrien Taouji, quand ce dernier est devenu son entraîneur. « Je me suis mis à être beaucoup plus sérieux à l’entraînement. J’ai progressé d’un coup. J’ai gagné 45 secondes en deux ans. » De quoi faire réviser le jugement de son nouveau coach qui « n’avai[t] pas décelé d’énormes qualités chez lui » de son propre aveu.

 

louvet taoujiVoilà maintenant trois ans que Dorian Louvet, « à la fois puissant et endurant », d’après Adrien Taouji, figure dans le top 20 français. L’année dernière, pour deux centièmes, il a remporté l’or aux championnats de France N2. Son « gros finish » a fait la différence au terme d’un scénario un peu fou. C’était alors le plus beau souvenir sportif du cheminot, avant que les championnats de France Élite n’ajoutent des émotions supplémentaires. « Dorian déçoit rarement en championnat, souligne Adrien Taouji (photo ci-contre avec Dorian). Tout est possible le jour J. » Et si, néanmoins, faire mieux que finaliste semble compliqué à envisager dans le futur, les axes de progression existent. « Il peut faire mieux que 8’57, un chrono qui ne reflète pas ce dont il est capable. Il peut s’approcher des 8’50 dans les deux ans à venir. Mais là, ça ne va pas venir de moi, seulement de lui, de ses sacrifices et de son investissement. Malgré tout, il fait beaucoup plus d’efforts qu’à une certaine époque sur l’extra-sportif. Le cap suivant ne sera pas dans l’entraînement, mais dans la récupération, l’alimentation, le sommeil, etc. » Reste à savoir si l’ancien footballeur de la Maladrerie, licencié des poussins aux U18, est prêt à le franchir, même si l’appétit vient en mangeant… « Ma place aux France donne forcément des idées, mais je pense que je ne pourrai pas faire mieux que ça en terme de ligne sur le palmarès. L’étape supérieure, c’est un podium aux Élite, et ça c’est clairement un autre monde. Mais je suis encore dans l’euphorie, donc j’ai envie de continuer à progresser et être encore meilleur. L'athlétisme n'est pas du tout un long fleuve tranquille, pour le moment je savoure pleinement, je vais rester un peu sur mon nuage, et on verra pour l'année prochaine ! »

 

« Je déteste courir seul »

 

Dorian Louvet, en tout cas, ne changera pas sa manière d’être. « C’est quelqu’un de très collectif, un élément fédérateur, soutient Adrien Taouji. Les demi-fondeurs sont souvent des coureurs solitaires, lui c’est un cas à part. » Un cas qui avoue « détester » courir seul et, donc, le faire le moins souvent possible. « Je fais tout pour courir avec quelqu’un d’autre. Je ne suis pas du tout solitaire. Le groupe, c’est 50 % de la performance. À Mondeville-Hérouville, on a la chance d’avoir un groupe à la densité proche d’un pôle. Six, sept coureurs sont au niveau national. On se tire vers le haut. » Sur 3000 steeple, Dorian Louvet se tire la bourre avec Geoffrey Le Déan, 8’53"95 cette saison et, dans le club voisin du Caen Athletic Club, Maxence Hardoin (8’59"20 cette saison). Ce dernier l’a même devancé d’une place à Marseille, réalisant lui aussi une superbe performance. « Je suis content de courir à ce niveau-là à leurs côtés. Le Calvados était bien représenté aux Élite ! » Il le sera certainement quelques années encore. Ensuite, quand le niveau ne suivra plus, Dorian Louvet « [s’amusera] sur les courses sur route » et pourra passer davantage de temps sur les terrains de foot, lui le « footeux dans l’âme ». Mais il a encore beaucoup à faire avant ça, histoire de vivre à nouveau de bien jolies surprises.

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