Basket. Un nouvel entraineur à Douvres : l’histoire de Sarah Le Rouxel - Goltze

21 août 2017 Ecrit par  Antoine Dufour

Alors que l’équipe a repris l’entrainement cette semaine, nous nous immisçons dans le parcours de la nouvelle figure de Douvres (Nationale 3 féminine). Joueuse, puis assistante et enfin entraineur, Sarah Le Rouxel – Goltze nous livre son parcours atypique et ses impressions sur la saison à venir.

 

 

 

Sarah, peux-tu d’abord nous parler de ta carrière de joueuse ?

J’ai commencé dans un centre de formation en Allemagne à douze ans. Je suis parti à seize ans aux Etats Unis alors que je jouais en équipe nationale jeune. J’ai fait une année en lycée aux Etats Unis pour y passer mon Bac, et j’ai eu une bourse d’étude pour jouer à Orgen State. J’y ai fait la préparation et quelques matchs, mais j’ai dû rentrer plus tôt que prévu. Je suis retournée dans mon club de formation en Ligue 2 pendant un an. J’ai ensuite rejoint Göttingen pour jouer la montée en Ligue 1. Je suis restée cinq ans et j’ai fait mes études.

 

Il ne me restait que mon mémoire à rendre, et j’ai voulu partir à l’étranger. J’ai trouvé le club de La Glacerie et j’ai signé en Nationale 2. J’y ai rencontré mon chéri, donc j’ai signé une deuxième année puis une année à Cherbourg. Je suis partie jouer à Ifs et Aurélien (Le Rouxel) au CBC et j’y suis restée un an. Je suis retournée à La Glacerie car l’équipe était descendue en Nationale 3 et j’avais un sentiment de chose pas accomplie. On est directement monté en Nationale 2 et j’y ai fait mes deux dernières années. On s’est incliné au dernier match de la saison et on n’a pas pu jouer les Playoffs sur ma dernière année : c’est le seul dernier petit regret qu’il me reste.

 

Suite à ma mutation professionnelle, je suis arrivée sur Caen et j’ai signé à Douvres où je me suis fait les croisés au bout de mon troisième match. La saison suivante je me suis fait opérer du genou et la troisième saison où j’ai tenté de reprendre j’ai eu des problèmes de dos donc je me suis dit : on arrête là !

 

« Mon corps m’a dit stop »

Comment as-tu vécu mentalement l’arrêt du basket sur une blessure ?

C’est une frustration colossale ! On avait une bonne équipe en Nationale 3, il y avait quelque chose à faire. On a raté notre premier match à l’Avant-Garde mais dans les semaines qui ont suivi on a enchainé avec deux victoires, et je me fais les croisés sur une action complètement seule et sans contact. Je crois que c’est un peu la hantise de tout le monde d’arrêter comme ça. J’avais toujours l’envie de reprendre mais mon corps m’a dit stop de tous les côtés.

 

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Tu avais espoir de reprendre ?

Je ne voulais pas m’arrêter sur une blessure et je voulais pouvoir me dépenser. Je n’aime pas faire de la natation et courir ça me fait ch… Avec le dos, c’est encore plus grave, je ne peux même plus courir. Je suis quelqu’un qui aime s’arracher sur un terrain mais les médecins m’ont clairement dit que ce n’était plus possible. On espère toujours.

 

« D’un jour à l’autre, c’était fini »

 

C’est une épreuve mentale aussi dans ta vie de tous les jours ?

C’était ma vie ! Pendant un très long moment, c’était ma vie. J’ai toujours fait des choses à côté, j’ai fait mes études et j’ai bossé car je sais que, surtout en tant que femme, on ne peut pas en vivre. Et vraiment d’un jour à l’autre c’était fini. Là quand je vois les filles courir, ça me donne envie de sentir la douleur, de me surpasser.

 

Qu’est-ce qui te manque le plus ?

Le côté équipe, je le retrouve un peu. C’est être sur le terrain pendant un match de basket et devoir s’imposer. C’est la compèt’, j’ai toujours été comme ça. J’aimais bien m’entrainer mais c’est la compétition, le face à face, le « on va gagner » qui me plaisait le plus. Peut-être que je vais le retrouver sur le banc.

 

Être entraineur te permet d’avoir une transition dans le monde du basket ?

Je n’en sais rien. C’est quelque chose que je ne voulais pas faire du tout. Tout le monde pense à la carrière d’après et beaucoup font du coaching : moi je n’en voulais pas. Si je le fais c’est pour le club, parce qu’il n’a pas trouvé d’autre coach à la fin de l’année. Avec les Playoffs, on était complètement décalé par rapport aux autres équipes et on n’a pas pu trouver d’entraineur. Et je le fais surtout pour les filles. Je connais très bien les filles et la plupart sont de bonnes copines. Pour le club et pour les filles, je ne pouvais pas les laisser tomber. Le club ne méritait pas ça. Vis-à-vis de moi, les dirigeants se sont toujours bien comportés. À chaque blessure ils ont tout fait pour bien me soigner et ils ne m’ont jamais lâchée.

 

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Tu vas être en collaboration avec Anne-Laure Coudray.

Premièrement, il y a une question de diplôme et c’était impératif pour moi d’avoir quelqu’un. Certes, j’ai une expérience de joueuse mais je n’ai aucune expérience de coach à ce niveau-là. Sur les compétences basket, je pense en avoir, mais ça me tenait à cœur d’avoir quelqu’un pour m’aider. Je m’entends très bien avec Anne-Laure et ça ne peut qu’être enrichissant, comme c’était enrichissant de travailler avec Matthieu (Léger). L’année dernière, il m’a appris énormément de choses sur le basket, mais surtout sur le plan pédagogique. En tant que joueuse on ne réfléchit pas trop, on fait ce que nous dit.

 

« Personne n’attend rien de moi »

 

Tu redoutes le nouveau rapport avec les filles ? Car tu vas devoir faire des choix, peut-être faire des déçues.

Bizarrement, pas du tout ! Les filles me connaissent et m’ont déjà vue péter les plombs en tant que joueuse. Je dis ce que je pense. Ce qui est important, c’est de faire passer le message et expliquer ses choix. Elles savent déjà que je vais me tromper. Moi j’ai le droit, personne n’attend rien de moi. Il va y avoir certaines situations de match que je gèrerais sûrement mieux sur le terrain qu’à côté, mais dans ces moments-là, je vais avoir Anne-Laure à mes côtés. C’est le côté où j’ai encore des choses à apprendre.

 

Pour une compétitrice comme toi, c’est un des plus gros défis de ta carrière.

Il y a le côté défi mais à la fois je suis complètement sans pression. Si le club avait pris un entraineur confirmé, et avec Sandra Dijon dans l’équipe, il aurait été compliqué de ne pas annoncer une des deux premières places. Mon but cette année c’est que tout le monde se fasse plaisir et je pense que ça permettra de faire une meilleure saison. Mais si on ne monte pas, ce n’est pas un drame car je suis arrivée pour donner un coup de main.

 

Le calendrier est sorti et vous êtes dans une poule bretonne qui semble beaucoup plus relevée que l’an dernier.

La poule est plus forte et surtout plus équilibrée. On  va probablement laisser plus de matchs. Ça joue différemment, moins physique, mais beaucoup plus propre. Il n’y a pas d’équipes faibles. Cette année, on n’a pas un match où se relâcher. C’est un basket qui va moins nous convenir car ça va défendre très fort et tout terrain donc on doit se préparer à cette pression-là. Si on arrive en Playoffs nous serons prêts. Avec le départ de Mina (Bernard-Maksimovic) il faut que tout le monde score, que chacune prenne ses responsabilités, et qu’on joue plus collectif, plus agressif et plus rapide.

 

« Sandra est notre arme ultime »

 

Ça ne doit pas être évident de prôner un jeu collectif avec une Sandra Dijon dans son équipe.

C’est très compliqué pour l’équipe mais c’est compliqué aussi pour Sandra qui doit s’adapter à ce niveau-là. Elle est tellement dominante qu’il y a des choses qui lui semblent très faciles et en même temps elle est exigeante avec ses coéquipières. C’est quelqu’un qui a envie de bien faire et qui nous apporte énormément, mais qui oublie de temps en temps que tout le monde n’a pas joué à son niveau. C’est ce qu’il faut gérer cette année. Sandra est notre arme ultime et il faut qu’on s’en serve, mais il faut qu’on arrive à mettre les autres en valeur et que le collectif prenne. Sandra a une expérience énorme mais aucune en Nationale 3. Mais après un an, elle sait que ça va lui taper dessus, que ça va défendre à trois sur elle, lui arracher les bras. Donc elle va essayer de faire usage de ça.

 

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Vous avez plusieurs départs dont Mina Bernard-Maksimovic. Tu n’aurais pas souhaité avoir une recrue pour la remplacer ?

Je crois qu’il ne faut pas une autre joueuse ultra-dominante. On n’est pas à l’abri de recruter encore une joueuse mais je crois que les filles se sont tellement oubliées l’année dernière et que certaines peuvent combler le trou. Si chacune hausse son niveau de jeu et que tout le monde marque trois points de plus, on arrive à combler l’apport de Mina. J’attends beaucoup des jeunes qui vont intégrer l’équipe. Je crois que Marie-Alizé (Le Moal) peut nous apporter beaucoup et que Pauline (Plouhinec) va hausser son niveau de jeu dans les mois à venir. Je suis confiante.

 

L’entrainement a repris pour certaines joueuses depuis mercredi, quel est l’état d’esprit de l’équipe à l’approche de cette nouvelle saison ?

Je ne les sens peut-être pas hyper motivées mais contentes d’être là. Les entrainements se passent dans la bonne humeur et surtout on voit que les filles ont bossé pendant l’été. J’ai rarement vu une Marie Gasqueres courir comme elle court actuellement. Voir qu’il y a un coach qui n’a pas d’expérience, ça leur donne envie de se donner car elles savent que je le fais pour elles.

 

Dans un an vous jouez les Playoffs et vous montez. Tu continues l’aventure ?

Très honnêtement je ne sais pas du tout, il faut attendre de voir comment ça se passe cette année, voir si j’ai les diplômes, et surtout voir si c’est quelque chose qui me plait.

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