Basket. Shelby Saint-Juste se partage entre Ifs et Mondeville

15 novembre 2017 Ecrit par 

L’USO Mondeville et le CB Ifs partagent le même intérêt pour la formation, autant par philosophie sportive que par pragmatisme économique. Les deux clubs, que deux divisions et quelques kilomètres séparent, ont choisi de travailler en étroite collaboration sur la question. Shelby Saint-Juste, prêtée par l’USOM à Ifs sous licence AS, est le meilleur symbole de la passerelle établie.

 

Elle a beau être « la seule fille capable de prendre sa trottinette pour parcourir trente mètres », d’après sa capitaine Anaïs Deyres, Shelby Saint-Juste n’est pas du genre à chômer. L’intérieure du CB Ifs et de l’USO Mondeville, « parfois nonchalante mais très souvent performante », dixit la même personne, est même une cumularde. Non contente d’additionner fac de chimie et carrière naissante en Nationale 1, elle ajoute à son emploi du temps des détours fréquents par la Halle Bérégovoy de Mondeville. Shelby Saint-Juste s’entraîne avec l’USOM le matin et deux soirs par semaine. Ses trois autres soirées sont consacrées au CB Ifs. « Il y en a qui sont choqués parce que je n’ai pas le même repos que les autres, mais ça ne me dérange pas, assure-t-elle. Et si j’ai un cours important le matin, je vais en cours. » Dans la vie de Shelby, tout est question d’équilibre. Et d’organisation !

 

Shelby Saint-Juste dispose d’une licence AS qui lui permet de jouer sur deux tableaux. Comme pouvait le faire potentiellement Ophélie Létin deux ans plus tôt, comme aurait dû pouvoir le faire Julie Plouhinec l’année dernière, l’intérieure a l’autorisation d’évoluer en Ligue féminine aussi bien qu’en Nationale 1. « Je n’avais pas du tout au double projet jusqu’à ce que je sois appelée en équipe de France (U19) la saison dernière. Quand Romain (L’Hermitte) et Carole (Delauné) m’en ont parlé, j’ai dit oui directement parce que ça m’intéressait. » Il faut dire que le partenariat qu’ont lié Mondeville et Ifs a tout pour plaire. Il permet au club professionnel d’envoyer ses meilleurs espoirs pas encore mûres pour le haut niveau se frotter à une division bien plus compétitive que la Nationale 2, et dans un contexte tout autre qu’une équipe réserve. À l’autre bout du circuit, il offre au club de Nationale 1 la possibilité d’utiliser un élément déjà prêt à performer, et au potentiel conséquent.

 

Un modèle gagnant-gagnant

 

Mais le plus grand bénéficiaire de l’opération, c’est avant tout la joueuse.  « Ces échanges sont surtout très bénéfiques pour les joueuses, souligne Carole Delauné, vice-présidente du CB Ifs. Mais tout le monde est gagnant. » Tout le monde, à condition de ne pas adopter un regard trop étriqué. Avec ce mode de fonctionnement, Ifs peut craindre de voir la jeune joueuse rapatriée à tout moment dans son club d’origine en cas de blessure. Cela aurait été le cas si Katia Mosengo-Masa s’était rompu les ligaments croisés en septembre, ce qui avait été d’abord craint. Dans l’autre sens, Mondeville restreint encore un peu son effectif déjà très court. « Quand Shelby est là, on s’entraîne correctement et c’est un certain confort, témoigne Romain L’Hermitte. Je me suis posé la question de savoir si ce n’était pas mieux qu’elle reste. Mais on pense formation d’abord. » Et, dans cette optique, l’entraîneur mondevillais en est persuadé : la place de Shelby Saint-Juste « est à Ifs en N1 plus qu’en N2 à Mondeville ».

 

Paradoxalement, ou pas quand on en prend tous les éléments en compte, Shelby Saint-Juste est d’ailleurs plus performante en Nationale 1 qu’à l’échelon inférieur. Contre Aulnoye, malgré la défaite 64-68, elle avait réalisé un double double à 18 points et 10 rebonds. Samedi dernier, dans la victoire 60-49 sur Dunkerque, elle a encore démontré un impact intéressant avec 9 points et 9 rebonds. « Du fait que je m’entraîne avec Mondeville, j’ose faire plus de choses avec Ifs, avance-t-elle. Je m’adapte peut-être un peu mieux à la Nationale 1. Je vois aussi l’effet dans l’autre sens. Comme j’ai du temps de jeu en N1, je sens moins de pression quand je m’entraîne à Mondeville. De toute façon je me dis qu’à 19 ans, je n’ai plus à me mettre la pression pour ça. » Si elle reste une jeune joueuse fraîchement sortie du cocon que peut représenter le centre de formation, Shelby Saint-Juste voit son statut évoluer petit à petit. Ifs, première véritable étape senior en matière de compétition, n’en prend que plus d’importance dans son cursus sportif.

 

Ifs, étape entre l’équipe réserve et le niveau supérieur

 

La native d’Issy-les-Moulineaux, passée deux ans par Nice avant de rejoindre Mondeville en 2015, fait découvrir à la N1 son « profil très particulier », aux yeux de Romain L’Hermitte. « C’est une 4,5 », estime Romain L’Hermitte. Poste 5 à Ifs, poste 4 à Mondeville (« le même rôle qu’une poste 3 dans notre jeu »), Shelby Saint-Juste n’est pas l’archétype du pivot tel qu’on l’imagine. Dans la raquette, elle est rarement la plus grande du haut de son 1,86 mètre. L’intérieure a développé d’autres qualités. « Elle est très puissante, elle a la capacité à mettre beaucoup d’énergie, à aller vite, détaille son coach à Mondeville. Elle me fait penser à Courtney Hurt (ancienne joueuse de Mondeville, ndlr). Elle peut avoir des éclairs. Contre Landerneau, quand elle a joué avec nous en Coupe de France, elle a joué très fort les balles qu’elle a eues. Mais, comme beaucoup de jeunes joueuses, elle est trop sur courant alternatif. »

 

 

À 19 ans, Shelby Saint-Juste, qui jouera dimanche avec Mondeville contre Villeneuve d’Ascq, a encore le temps d’apprendre. Ifs est d’ailleurs un prolongement dans sa formation personnelle. L’internationale jeune, arrivée cinquième de l’Euro U19 l’été dernier et candidate à une nouvelle campagne avec les U20 cette saison, aspire à poursuivre sur le chemin entrepris. « Je pense à ma progression et à gagner des matchs avec Ifs. On verra en fin d’année ce qui se passera pour moi. J’aimerais bien jouer en Ligue féminine plus tard, mais j’ai le temps. » Ifs a vocation à constituer un tremplin pour Shelby Saint-Juste et celles qui lui succèderont en double licence. La politique engagée il y a quelques années ne faiblira pas, à en croire la volonté affichée par Romain L’Hermitte et Carole Delauné. La récente intégration en Ligue féminine de Myriam Djekoundade, qui était passée par les centres de formation de Montpellier et Bourges avant de signer à Ifs, n’a fait que confirmer les liens étroits entre les deux clubs. 

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