Anaïs Deyres, l’intérieure qui aimait courir

11 octobre 2017 Ecrit par 

Le sport ne s’arrête jamais pour Anaïs Deyres. Une fois les baskets rangées au placard, l’intérieure du Club Basket d’Ifs sort les runnings pour avaler les kilomètres. La jeune joueuse (23 ans), passionnée par la course à pied, a garni son palmarès de plusieurs podiums cet été. Un double attrait plutôt inhabituel.

 

C’est le moment que tout le monde redoute. Celui que le mot "runnings" placé entre parenthèses dans le programme de la semaine avait suffi à faire comprendre dans un soupir résigné. Les tours de piste sont une petite épreuve pour la plupart des sportifs évoluant dans une discipline collective. Pas pour Anaïs Deyres. Quand elle reçoit ce grand classique de la pré-saison, la joueuse d’1,87 mètre n’est pas loin d’esquisser un sourire. Elle sait qu’elle sera dans  son élément. Avec 18,5 de VMA, l’Ifoise ne craint pas vraiment les efforts fonciers. Elle s’astreint à bien autre chose les mois précédents. « L’été, je fais généralement quatre séances par semaine : une séance de côtes, deux séances de fond qui peuvent durer jusqu’à deux heures et une séance plus légère. »

 

Éprise du trail

 

Anaïs Deyres n’est pas une sportive du dimanche de la course à pied. C’est une mordue qui pourrait difficilement le masquer quand elle évoque cette deuxième passion. « J’ai toujours eu une endurance correcte, raconte-t-elle sur un banc de la Prairie, un de ses terrains de jeu. Au collège, je faisais des cross et un peu de demi-fond. J’ai ensuite fait du basket ma priorité. Mais j’ai recommencé à courir il y a deux-trois ans et, les résultats aidant à se motiver, je l’ai fait de plus en plus sérieusement. »

 

L’appétence pour la course à pied a même pris une autre tournure cet été. L’aspect « entretien » qui prédominait auparavant a laissé place à une approche mêlant plaisir (« c’est la première année où j’ai pris autant de plaisir, j’ai découvert des paysages de fou ») et compétition. Anaïs Deyres a remplacé les 10 kilomètres dont elle était coutumière par des distances de plus en plus élevées. Grand bien lui en a pris. Entre autres performances, la native d’Agen a remporté le 16 kilomètres de Bréville-les-Monts, puis fini troisième du trail du Boël, 24 kilomètres pour 600 mètres de dénivelé. « À la base, je voulais juste aller au bout... »

 

Sur les terrains de basket, Anaïs Deyres se distingue par son adresse, près et loin du cercle, et sa grinta.

 

« Pas le cœur brisé quand je laisse la course à pied »

 

La future éducatrice spécialisée n’a pas vraiment le profil des concurrents qu’elle croise sur ces trails qu’elle affectionne tant. Si sa vie sportive tourne autour du running de mai à juillet, elle est exclusivement consacrée au basket le reste du temps. Co-capitaine du CB Ifs, encore auteure de 19 points samedi dernier au Havre, Anaïs Deyres est une intérieure respectée et redoutée en Nationale 1. « Les gens sont très étonnés quand j’arrive dans un nouveau club, sourit-elle. Les filles me voient un peu comme un OVNI. Depuis que j’ai 15 ans, j’entends des remarques sur ma taille (1,87 mètre) et mon goût pour la course à pied… » L’ancienne pensionnaire du centre de formation de Basket Landes n’a en tout cas rien du cliché de l’intérieure s’accrochant difficilement aux basques des joueuses extérieures. « Clairement, la voir courir aussi vite et aussi longtemps, ça me déprime comparé à moi, s’amuse sa jeune coéquipière Julie Plouhinec. C’est vraiment très fort ce qu’elle fait. »

 

Mais au fait, ça sert à quoi de courir si bien quand on joue au basket ? « Ça peut être un atout d’avoir du foncier mais je ne sens pas forcément cet avantage. En fin de match, je peux être cramée comme les autres joueuses. Ça me sert surtout à être lucide un maximum de temps. Mais au basket, l’explosivité est très importante. Et là, c’est beaucoup plus long à venir, même si je le travaille. » Le bagage génétique de la jeune femme a fait la part belle aux fibres lentes… et peut-être aussi au plaisir de courir. Le frangin s’est lui aussi longtemps et assidument adonné à la pratique. Mais le ballon orange a encore de beaux jours devant lui dans son top 3 personnel. « Je n’ai pas le cœur brisé quand je laisse la course à pied. J’aimerais bien pouvoir faire les deux, mais c’est le basket qui m’anime vraiment. »

 

 

« Aller au bout de soi-même »

 

Alors qu’est-ce qui pousse la jeune femme à avaler les kilomètres jour après jour quand les autres reposent un organisme meurtri par des mois de basket intensif ? « Aller au bout de soi-même en prenant du plaisir. Je cherche mes limites. La course à pied permet de s’appréhender soi-même, d’être dans le contrôle de ses émotions. Pendant trois à quatre mois, je suis face à moi-même. J’aime ça. Mais c’est tellement différent du basket que les gens ont souvent du mal à comprendre que je puisse apprécier deux choses si opposées. » Trois jours après la défaite contre Monaco en finale de la Coupe de France, au printemps dernier, Anaïs Deyres troquait ses Kobe A.D. contre des runnings, initiant un programme d’entraînement concocté par ses soins mais inspiré par d’autres. « Je me renseigne, je prends des contacts, je lis des livres… Après, je m’adapte. »

 

 

De nature investie, Anaïs Deyres n’a pas pour habitude de faire les choses à moitié. Celle qui « ne supporte pas de ne rien faire pendant deux-trois jours » s’imagine déjà boucler une course de 55 kilomètres l’été prochain. « J’aimerais aussi essayer de faire un triathlon, même si je suis nulle en natation. » Le « sas de décompression » initial a pris une autre envergure. 

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